Crise d’Octobre 1970 : l’Armée canadienne à Saint-Eustache

Par Jonathan Lemire

Vers la fin de septembre dernier, j’admirais la quatrième fresque réalisée dans le Vieux-Saint-Eustache – celle du magasin d’Ernest Lahaie –, sur la Dorion, au coin de la rue Saint-Eustache. Je discutais avec une Britannique établi à Saint-Eustache depuis plus de 40 ans ! En ce 40e anniversaire de la crise d’Octobre de 1970, elle me confiait un fait qui, jusque-là, échappait complètement à ma connaissance. Cette gentille dame, dis-je, me disait qu’à la suite de l’adoption de la Loi sur les mesures de guerre, le 16 octobre 1970, l’Armée canadienne est littéralement débarquée à Saint-Eustache ! Elle-même vit son domicile « visité » de manière aléatoire par les soldats, allant de garde-robe en garde-robe, dans le but avoué d’y dénicher une planque secrète felquiste.

Quelle histoire tout de même ! À la suite de cet entretien, j’ai tenté d’en savoir davantage sur ce pan méconnu de notre histoire locale et régionale. 

Soldats de l’Armée canadienne en faction,
Place Vauquelin, Montréal, automne 1970.
Photo : Paul Perreault.

La lecture de La Victoire nous renseigne passablement sur le sujet (1). Dans son édition du mercredi 28 octobre 1970, sous la plume de son journaliste Jacques Robitaille, le journal titrait à la une : « Le F.L.Q. dans le comté ? La police n’a pas dit non. »

Page frontispice de La Victoire,
mercredi, 28 octobre 1970.

À la suite de l’adoption de la Loi sur les mesures de guerre, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on remarqua une recrudescence de l’activité policière, non seulement dans notre région, mais partout au Québec. Les corps de police municipaux dépendaient alors de la Sûreté du Québec. « Tous les corps ont doublé ou même triplé leurs heures de travail afin d’effectuer plus de patrouille » et ce, dans le but de « démanteler au plus vite toute cellule felquiste dans la région [et] à ce sujet, précisons que la police municipale, aussi bien que la Sûreté du Québec, n’écarteraient pas la possibilité de l’existence d’une cellule F.L.Q. dans la région, et peut-être même à Saint-Eustache » (2), d’affirmer le journaliste Jacques Robitaille.

Perquisitions et arrestations

Déjà avant même l’arrivée des Forces canadiennes, plusieurs perquisitions et arrestations auraient été effectuées à Saint-Eustache, sur le chemin de la Rivière-Nord, Oka et possiblement à Sainte-Marthe-sur-le-Lac, dans les jours suivant la découverte de la dépouille de Pierre Laporte, le 17 octobre.

Quatre jours plus tard, le porte-parole de la Sûreté du Québec à Saint-Eustache affirmait catégoriquement« qu’aucune arrestation n’avait été effectuée dans la région depuis la proclamation de cette loi » (3). Pourtant, même une heure après l’adoption de cette loi, M. Pierre Mercil, résident de la Rivière-Nord, recevait la visite de quatre agents de la Sûreté du Québec en civil. Après avoir perquisitionné sa résidence, ils l’appréhendèrent pour finalement l’incarcérer au quartier général de la S.Q. rue Parthenais, à Montréal. Après une semaine de détention « préventive », l’homme n’avait toujours pas été autorisé à communiquer avec son avocat. « Et il semble bien que cette arrestation ne soit pas la seule dans la région. En effet, on est par ailleurs sans nouvelles de plusieurs personnes mystérieusement ‘’disparues’’ de leur domicile depuis quelques jours, sinon une semaine. » (4)

Surveillance policière à Saint-Eustache

Il est intéressant de mentionner que La Victoire confirme que « quelques personnes occupant des fonctions importantes à Saint-Eustache […] ont demandé la protection de la police » (5). Plus loin, dans la même édition, on poursuit dans le même sens :« À la suite des enlèvements de messieurs Cross et Laporte et également de certains renseignements secrets, plusieurs personnes occupant des charges publiques tant provinciales que municipales ont demandé à la Sûreté du Québec et aux corps policiers municipaux de la région une surveillance et la protection de la police à leur domicile. »(6) Parmi ceux-là, soulignons l’ex-député provincial de la circonscription de Deux-Montagnes (1960-1970), Gaston Binette. Au dire de Mme Francine Théorêt et de son conjoint, M. Guy Jérôme, alors tous deux voisins de ce dernier, sur la rue De Bellefeuille à Saint-Eustache, « des policiers de la S.Q. surveillaient constamment la résidence de M. Binette » (7).

Notons aussi le député du comté de Deux-Montagnes lui-même, à ce moment, M. Jean-Paul L’Allier qui, à sa demande, a vu sa propriété surveillée par une patrouille 24 heures sur 24, au dire du sergent Paul Dubeau, responsable du détachement de Saint-Eustache de la Sûreté du Québec. Après avoir communiqué avec M. L’Allier afin d’en savoir davantage, celui-ci me répondit qu’il ne faisait plus d’entrevue à « caractère politique » depuis son départ de la vie publique. Cependant, il m’apprit, alors que je lui demandais s’il était au courant des manœuvres militaires qui s’apprêtaient à être lancées dans sa circonscription à l’automne de 1970, qu’il « n’était pas informé de cela, comme député ».

« Outre le ministre Jean-Paul L’Allier, qui fait surveiller son domicile par la police municipale de Cité Deux-Montagnes, quelques édiles de Ville Saint-Eustache ont également requis cette protection chez eux, et au cours de leurs déplacements. Au moins une de ces personnes aurait reçu des menaces de mort par téléphone, et un individu aurait été appréhendé non loin du domicile de cette dernière personne en possession d’une arme à feu et de balles. » (8)

Pour sa part, M. Guy Bélisle, alors maire de la ville de Saint-Eustache, affirme encore aujourd’hui qu’il n’était « pas au courant que l’Armée canadienne ait fouillé plusieurs maisons à Saint-Eustache ». Dans un courriel échangé avec ce dernier, M. Bélisle sait toutefois « que certains véhicules non identifiés étaient ceux de l’armée et circulaient dans nos rues ». Pourtant, les clichés inédits croqués sur le vif par M. Germain Beauchamp nous montrent clairement des véhicules militaires bien identifiés de l’Armée canadienne.

La police de Saint-Eustache rassure ses citoyens

Le vendredi 23 octobre 1970, le directeur de police de Saint-Eustache, M. Jérôme Richer, tenait une conférence de presse afin de rassurer ses citoyens sur la situation qui prévalait. Voici le contenu de sa déclaration :

« Premièrement, j’aimerai préciser qu’en ce qui a trait au terrorisme, la police municipale de Saint-Eustache, comme tous les autres corps de police municipaux, est actuellement sous les ordres de la Sûreté du Québec ; ce sont eux qui donnent les directives. Notre travail, ici, consiste surtout à les assister lors de descentes ou de perquisitions. On a également à effectuer un certain travail de surveillance privée pour certaines personnes que je préfère ne pas mentionner pour certaines raisons de sécurité.

 Enfin, pour rassurer la population qui semble inquiète à cause des toutes ces perquisitions, je puis vous assurer qu’aucune perquisition ou action similaire n’est faite sans avoir très sérieusement vérifié une information. Par exemple, si quelqu’un nous téléphone pour déclarer quelque chose de suspect, nous communiquons immédiatement avec la Sûreté du Québec de Montréal ou de Saint-Eustache pour faire vérifier avant d’entreprendre quoi que ce soit. Je termine en demandant encore une fois à la population de continuer à nous assister dans notre travail : nous en avons besoin. » (9)

Le Camp Bouchard, ancien dépôt de munitions, Défense nationale du Canada, site no 06875001, 380 montée St-Isidore, Blainville.
Référence : http://www.tbs-sct.gc.ca/dfrp-rbif/pn-nb/06875-fra.aspx

Ça bouge au camp Bouchard…

Selon Jacques Castonguay, auteur d’une quinzaine d’ouvrages militaires dont le plus récent, Les opérations de l’Armée et la crise d’Octobre (Éditions Carte blanche), déjà du 7 au 9 octobre 1970, l’opération Night Hawk « a commencé avec l’envoi au camp Bouchard, un dépôt de munitions situé à Blainville, de deux sous-unités de la base de Valcartier ». (10) Le général Jacques Chouinard, du 5e Groupement de combat, ordonna d’abord l’envoi d’un peloton comprenant deux officiers et 26 soldats afin d’y renforcer sa garnison. Par la suite, le camp Bouchard accueillit le 12e Régiment de blindé du Canada. Monté sur des véhicules Ferrett, cette troupe comptait alors six officiers et 83 militaires. (11) On vit aussi cantonné à cet endroit le 5e Escadron du Génie du Canada et une compagnie du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment. Finalemrent, il faut noter la présence de la milice vers la fin de décembre 1970 et au début de janvier 1971. (12)

L’Armée canadienne à Saint-Eustache

Il semble cependant que c’est vers la fin novembre que les Forces armées canadiennes débutent les fouilles et perquisitions dans le vaste comté de Deux-Montagnes. La Brigade d’infanterie du Canada, notamment en provenance de Petawawa (Ontario) avait pour principaux mandats le maintien de la paix, la sécurité intérieure et même la guerre limitée avec spécialisation dans les régions tropicales.(13) Ce bataillon militaire était chargé, entre autres, « de la protection contre les menaces d’insurrection, d’émeutes, de sabotage ou d’autres actes de violence à grande échelle de la part de groupes dissidents parmi la population qui chercheraient à imposer leur volonté au gouvernement ou à obtenir un redressement de tort par des moyens extraconstitutionnels ou illégitimes ».(14) Ce sont eux qui vinrent dans la région.

Les Forces armées perquisitionnent à Sainte-Scholastique en décembre 1970.
Photo : Jacques Robitaille,
La Victoire, 2 décembre 1970.

            Par ailleurs, durant cette période, l’Armée canadienne emprunta à son vis-à-vis américain un « aéronef de reconnaissance Mohawk équipé d’un radar à observation latérale (ROL) et d’un dispositif BLIR. Grâce à cet aéronef, qui décollait de bases américaines, les militaires surveillaient la zone rurale et montagneuse des Laurentides où le FLQ avait plusieurs refuges sûrs et camps d’entraînement ».(15)

L’opération Epigram

            Peu de gens savent que les Forces armées ont organisé une opération spécifiquement chargée de sillonner la région de Saint-Eustache et des alentours. Cette « opération de bouclage et de recherche » fut appelée Epigram et se déroula de la fin novembre au début de décembre 1970 (16). Ainsi, à l’instar d’autres opérations de moindre envergure telles Quill et Ratchett, Epigram avait pour objectif de dénicher des felquistes. Le lundi 30 novembre, un autre article titrait : « L’armée encercle Sainte-Scholastique » :

« une centaine de soldats sous les ordres de la Sûreté du Québec ont encerclé le village de Sainte-Scholastique et perquisitionné chaque maison.

Plusieurs camions, circulant par groupe d’au moins trois, ont emprunté un chemin différent menant au village ; de cette façon, toute personne circulant dans quelque direction que ce soit ne pouvait échapper au rituel de l’identification. Les fouilles ont été particulièrement minutieuses à l’endroit des maisons vides, sur le territoire de l’expropriation de l’aéroport ; chaque hangar, chaque issue possible étaient surveillés par cinq ou six soldats, carabine pointée vers l’objectif toujours possible, tandis qu’un officier de la S.Q. visitait chaque coin susceptible d’abriter l’un ou l’autre des fugitifs recherchés en marge des activités du Front de Libération du Québec.

Il semble que cette nouvelle vague de perquisitions dans le comté fasse suite à un appel d’informateur. De toute façon, nous nous devons en toute honnêteté de souligner la politesse – et le mot n’est pas trop fort – des soldats et policiers qui ont participé à ces fouilles. » (17)

Le mercredi 9 décembre suivant, tout juste quelques jours après la libération de James Richard Cross, La Victoire titrait à la une : « Les perquisitions se poursuivent dans le comté. » À ce moment, des centaines de soldats étaient visibles dans les rues peu nombreuses de Saint-Eustache. Des milliers de maisons étaient fouillées. Ainsi, au début de décembre, de dire La Victoire :

« L’activité policière a récemment augmenté de façon considérable dans le comté ; depuis plus d’une semaine, plusieurs détachements de l’armée canadienne sont venus se greffer à l’équipe de la Sûreté déjà en action afin d’aider ses derniers à effectuer une série de fouilles […]. Au début de la semaine dernière, les résidents de plusieurs petits villages des environs ont eu la surprise de voir défiler dans leurs rues plusieurs camions de l’armée, et de voir également leurs maisons encerclées de 5 ou 6 soldats, carabines pointées vers les issues. » (18)

En fait, c’est précisément le jour même de la libération du consul britannique que « la ville de Saint-Eustache et ses environs immédiats ont connu la plus grande vague de perquisitions à date. Plusieurs patrouilles, circulant en ‘’Jeep’’, s’y dispersaient un peu partout dans la ville, s’arrêtaient subitement pour fouiller deux ou trois maisons, repartaient, et reprenaient leur manège un peu plus loin ; leur action était ainsi totalement imprévisible » (19).

À cela, des citoyens se questionnèrent sur la façon de faire des troupes canadiennes. Pourquoi fouiller une maison plutôt qu’une autre ? À cette question, un officier répondit « que la visite de certaines maisons dans un secteur défini leur permet de vérifier s’il n’y a pas eu d’activité suspecte dans les environs et de ne pas fouiller les autres inutilement » (20). En fait, quiconque avait quelque chose à se reprocher dans cette crise aurait facilement eu l’opportunité de quitter son domicile à l’improviste, comme en témoigne Jacques Robitaille, le journaliste de La Victoire chargé de suivre l’affaire :

« Plusieurs personnes nous ont fait remarquer, sourire aux lèvres, que n’importe quelle personne recherchée par la justice en marge des activités terroristes avait largement le temps, si elle se cachait dans une des maisons du secteur, de prendre la poudre d’escampette et de trouver un logis plus calme. De loin, on pouvait apercevoir les soldats et prévoir une fouille au moins dans la ville concernée… Et comme les allées et venues de tous et chacun n’étaient pas contrôlées, du moins à Saint-Eustache… » (21)

L’opération Epigram « qu’ossa donne » ?

L’opération militaire menée à Saint-Eustache, Sainte-Thérèse et Saint-Jérôme (Epigram), « s’est soldée par la découverte de deux radios, 20 armes de poing, quatre boîtes de TNT, 219 mèches et du hachisch, mais pas de membres du FLQ » (22). Comment expliquer cet état de fait ? Un sondage, mené par La Victoire tout juste avec l’annonce du décès du ministre Laporte (17 octobre 1970), « révélait que près de 45 % de la population locale était d’accord avec les buts du Front de Libération du Québec. Bien sûr, les moyens ont certainement dépassé la proportion du but visé » (23).

L’Armée canadienne sur la rue Saint-Louis, dans le Vieux-Saint-Eustache, automne 1970.
Photo : Germain Beauchamp.

Un exemple pour illustrer la chose : un citoyen de longue date, une bonne connaissance à moi, me disait aussi récemment qu’à l’époque, il était en possession de l’ouvrage Nègres blancs d’Amérique (Édition Parti-Pris), de Pierre Vallières, édition non-censurée et mis à l’index par Trudeau ! D’après ce témoin oculaire, l’armée sillonnait effectivement les rues de Saint-Eustache et fouillait les maisons au hasard. Notre connaissance se souvient d’avoir mis en évidence dans la bibliothèque de sa chambre un livre et une affiche de Che Guevara dans le but avoué, à sa façon, de faire un pied de nez aux soldats anglais (plusieurs provenaient d’Ontario). De retour du cégep, ceux-ci n’étaient toutefois pas passés chez lui !

Chose certaine : il y avait bel et bien sur la rue Saint-Louis, à Saint-Eustache, en 1970, d’importants sympathisants du Front de Libération du Québec…

Références

* Je tiens à remercier MM. Germain Beauchamp et Paul Perreault qui ont gracieusement accepté de nous confier leurs clichés totalement inédits, exclusivement pour cette revue. À vous deux, un grand merci !

1. Il s’agit bel et bien ici de l’hebdomadaire de Saint-Eustache et non l’organe officiel du FLQ, de manière intermittente entre novembre 1967 et l’été 1968.

2. La Victoire, 28 octobre 1970.

3. Ibid.

4. Ibid.

5. Ibid.

6. Ibid.

7. Nous avons rencontré le couple Jérôme-Théoret par hasard, le 8 octobre dernier. Ils ont gentiment voulu m’accorder une courte entrevue sur le sujet. Je les en remercie grandement.

8. La Victoire, 28 octobre 1970.

9. Ibid.

10. LEMAY, Daniel, « Jacques Castonguay : l’armée était prête à intervenir en octobre », La Presse, 2 octobre 2010. Voir aussi sur le sujet le plus récent ouvrage de Jacques Castonguay, Les opérations de l’armée et la crise d’Octobre (Édition Carte blanche, 2010).

11. Jacques CASTONGUAY, Les opérations de l’armée et la crise d’Octobre, Édition Carte blanche, 2010, p. 70-71.

12. Ibid., p. 71, 83 et 86.

13. Sean M. MALONEY, « Un ‘’simple bruissement de feuilles’’ : La stratégie canadienne et la crise du FLQ de 1970 », Revue militaire canadienne, vol. 1, no 2, été 2000, p. 74.

14. Ibid., p. 75.

15. Ibid., p. 80.

16. Ibid., p. 82-83. Direction – Histoire et patrimoine, dossier 112.1.009 (D39), Raymont Collection, dossier 911, 24 novembre-1er décembre 1970, Situation Report (SITREP) du Quartier général de la Force mobile (QG FM) au Quartier général des Forces canadiennes (QGFC).

17. La Victoire, 2 décembre 1970.

18. Ibid., 9 décembre 1970.

19. Ibid.

20. Ibid.

21. Ibid.

22. Ibid., p. 82-83. Direction – Histoire et patrimoine, dossier 112.1.009 (D39), Raymont Collection, dossier 911, 24 novembre-1er décembre 1970, Situation Report (SITREP) du Quartier général de la Force mobile (QG FM) au Quartier général des Forces canadiennes (QGFC).

23. La Victoire, 9 décembre 1970. Il est à noter que les mots « buts » et « moyens » ont été écrits en lettres majuscules par l’éditorialiste de l’hebdomadaire, Jacques Robitaille.

Une partie des Forces armées canadiennes à Saint-Eustache,
accompagnées d’enquêteurs de la « Sûreté provinciale du Québec ».
Photo : Germain Beauchamp.

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