Le grand chêne de monsieur Papineau

C’est encore une fois par hasard que nous sommes tombés sur cette nouvelle particulière concernant le manoir Papineau de Montebello. C’est la
Presse canadienne qui publie la première la nouvelle le 15 juillet 2006. Pour notre part, c’est dans Le journal de Montréal, dans l’édition du lundi 17 juillet 2006, que nous avons pris connaissance de l’article.

L’histoire dont il est question ici porte sur « un imposant chêne rouge âgé de près de 300 ans qui surplombe la façade du manoir Papineau » à Montebello en Outaouais. Comme le souligne l’historien et ethnologue Yvan Fortier, « le chêne a résisté jusqu’à aujourd’hui, mais il a besoin de béquilles pour l’aider à survivre ». Le magnifique spécimen mesure 1,7 mètre de diamètre et possède une cime de 20 mètres ! Évidemment, la seigneurie de la Petite-Nation, qui appartenait jadis à la famille Papineau, « comptait beaucoup de ces arbres centenaires à l’époque où le manoir a été construit en 1848 » aux abords de la rivière Outaouais.

L’arbre est un témoin privilégié des « années de retraite » de Louis-Joseph Papineau jusqu’à son décès survenu en 1871. Pour cette raison, Parcs Canada a entrepris des mesures spéciales afin de prolonger la vie de ce témoin tricentenaire d’une partie de notre histoire. La technique utilisée afin de soutenir le vieil arbre est particulière. Employée depuis plusieurs années en Europe, mais étant toutefois peu connue ici en arboriculture, l’échalassage, qui demande beaucoup de précision, consiste à installer trois grandes béquilles (poteaux) en mélèze afin de soutenir les trois principaux embranchements de l’arbre. « Quant aux branches, elles reposent sur un contre-profil d’acier stabilisé par l’ancrage au sol des béquilles ». Selon la Presse canadienne, « la structure de l’arbre commençait sérieusement à ressentir le poids des années ». Ce premier échalassage en Amérique du Nord était donc indispensable.

Dans le but de remettre en contexte ce récit, rappelons quelques faits historiques. Joseph Papineau (1752-1841), arpenteur, notaire et important homme politique qui fut notamment élu député de Montréal en 1792 lors du premier Parlement du Bas-Canada, acquiert la seigneurie de la Petite-Nation en 1801 et 1803. D’ailleurs, l’origine du nom de ce coin de pays provient d’une tribu algonquine présente à cet endroit à l’époque de la Nouvelle-France.

C’est en 1817 que l’avocat et célèbre homme politique Louis-Joseph Papineau (1786-1871) acquiert la seigneurie de son père. Celle-ci compte alors 300 habitants. À ce moment, c’est Denis-Benjamin Papineau, son frère cadet, qui veille à la gestion des terres. C’est cependant à son retour d’exil (aux États-Unis et en France), à la suite des rébellions de 1837-1838, que le célèbre chef patriote entreprend la construction de son manoir qui est achevé vers 1850 alors que la seigneurie compte 3 289 personnes.

À la suite de son passage dans le comté des Deux-Montagnes en 1852 en tant que son représentant à la Chambre d’assemblée, Louis-Joseph Papineau se retire définitivement de la politique active. En son manoir de Montebello, il se consacre à sa famille, à l’horticulture, à sa bibliothèque et à l’administration de ses terres de la Petite-Nation.

Le 23 septembre 1871, le « grand chêne de monsieur Papineau », comme on le surnomme depuis longtemps, est le témoin inébranlable du décès de l’illustre leader réformiste canadien-français. De 1871 à 1903, c’est son fils aîné Amédée, connu pour ses escapades au sein des Fils de la liberté en 1837, qui s’occupe du domaine familiale. Le manoir Papineau est classé en tant que Monument historique par le gouvernement canadien le 6 mars 1975.

Le vieil arbre des Papineau « fait donc désormais partie des arbres patrimoniaux protégés et assistés quant à leur perpétuation », aux dires de la Presse canadienne. À la suite de ce succès, Parcs Canada prévoit renouveler l’expérience, notamment au Parc du Mont-Royal et sur les Plaines d’Abraham.

Le titre de La Presse pour cette nouvelle inusitée disait « À la rescousse d’un chêne qui a vu grandir Papineau ». Il aurait fallu dire « … qui a vu vieillir et s’assagir Papineau » à notre avis. Il est facile de s’imaginer le vieil homme adossé au vieux chêne, tout en méditant sur l’avenir de son pays…

Références :

Collectif, Le manoir Louis-Joseph Papineau, La collection Patrimoine 1, Les Éditions de la Petite-Nation, 1978, 93 p.

DAVID, Laurent-Olivier, Les deux Papineau, Montréal, Eusèbe Senécal & Fils, 1896, 120 p.

FILTEAU, Gérard, Histoire des Patriotes, Sillery, Septentrion, 2003, 630 p.

LAPORTE, Gilles, Patriotes et Loyaux. Leadership régional et mobilisation politique en 1837-1838, Sillery, Septentrion, 2004, 415 p.

La Presse canadienne, 15 juillet 2006.

Le journal de Montréal, 17 juillet 2006.

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