Le cimetière des patriotes de Saint-Eustache

On sait que la plupart des rebelles décédés à la bataille de Saint-Eustache, le 14 décembre 1837, n’étaient pas originaires de l’endroit. Néanmoins, on dénombre au moins une dizaine d’insurgés de Saint-Eustache morts en ce lieu. Ces derniers sont toujours inhumés au même endroit.

Quelques jours après l’affrontement, les patriotes eustachois décédés au combat sont enterrés dans le cimetière réservé aux enfants morts sans baptême situé entre l’église et le presbytère. Le site existe toujours aujourd’hui et une plaque commémorative atteste de son importance historique.

L’ancien cimetière non béni le devient finalement le 24 juin 1996 par Mgr Charles Valois, évêque du diocèse de Saint-Jérôme. Mais qui sont ces gens, pourtant tous résidants de Saint-Eustache, inhumés de manière si discrète ? Ils sont :

1) Joseph Paquet : un journalier de 32 ans (né à Saint-Eustache le 13 septembre 1805).

2) Jean-Baptiste Lauzé : un jeune cultivateur de 25 ans. La réclamation en argent que son épouse (Marie Tessier) réalise est évidemment rejetée par la Commission des Pertes puisque son mari fut directement impliqué le 14 décembre 1837.

3) Nazaire Filion : un cultivateur de 21-22 ans.

4) Séraphin Doré : un cultivateur de 29 ans demeurant sur le Grand-Chicot (né le 6 janvier 1808). Il est le fils d’Étienne Doré et de Marie-Josephte Poirier, et donc le frère de Joseph et Sévère, aussi impliqués en 1837. Il est marié à Henriette Bélanger (Saint-Eustache, 1831).

5) François Dubé : âgé de 29 ans, il est journalier au village de Saint-Eustache.

6) Joseph Guitard : né le 24 avril 1818 à Sainte-Geneviève, il est, en 1837, âgé de 26 ans et est cultivateur sur la côte Saint-Joseph. Ayant plusieurs dépositions à son endroit, Guitard est un des subalternes de Chénier ayant sous ses ordres 50 hommes. Il est réputé pour avoir résisté aux côtés du chef patriote jusqu’à la toute fin. Il aurait sauté avec ce dernier par une fenêtre de l’église pour ensuite mourir à ses côtés les armes à la main.

7) Pierre Dubeau : est un aubergiste de 32 ans résidant sur le chemin Fresnière (né le 18 décembre 1804). Il est le fils de Jacques Dubeau, un autre important insurgé de Saint-Eustache. Sa veuve, Olive Ouimet(te) (Saint-Eustache, 1836), réalise une réclamation en argent qui n’est toutefois pas prouvée. Tout comme Guitard, Dubeau est dénoncé par plusieurs personnes à la suite des événements de 1837.

8) Joseph Bouvret : né le 20 juillet 1815, il est donc âgé de 22 ans en 1837 et demeure sur la côte Saint-Charles. Il est le fils de Jean-Baptiste Bouvret et d’Élizabeth Régimbald.

9) Jean-Baptiste Toupin : est un cultivateur de 29 ans résidant sur le Petit-Chicot. Né le 12 février 1808, il serait le fils de François Toupin et de Marie-Pélagie Coutu.

10) Alexis Lachance : âgé de 17 ans lors du combat (né le 22 septembre 1820 et résidant à la Rivière-Nord), il est sans aucun doute l’un des plus jeunes à mourir sur le champ de bataille. Il est le fils d’Alexis, journalier de Saint-Eustache, et de Reine Liret.

11) Mentionnons aussi le nom de Jean-Olivier Chénier, chef des patriotes de l’endroit, qui est enterré aux côtés de ses hommes en décembre 1837. On le « déménage » en juin 1891, événement qui fera l’objet d’une éventuelle chronique ! Depuis le 27 juillet 1987 (date du 150e anniversaire de la rébellion), ses restes reposent au cimetière de Saint-Eustache.

Il semble par contre y avoir deux autres patriotes de Saint-Eustache ne figurant pas sur la plaque commémorative ci-haut mentionnée, mais qui aurait dû se retrouver au même endroit, à savoir : Joseph Bonnet, âgé de 23 ans (aucun autre détail) et Joseph Deslauriers, né le 27 août 1792 (âgé de 45 ans en 1837), un cultivateur de Rivière-Nord. Il est le fils de Jean-Baptiste Deslauriers et de Catherine Proulx de même que l’époux de Marie-Louise Desforges dite Saint-Maurice. Tout comme Guitard et Chénier, il est reconnu pour avoir quitté l’église en flammes en même temps que Chénier.

Finalement, soulignons le décès de l’énigmatique jeune Marineau, dont l’identité est plus ou moins certaine. Ce dernier, trop jeune pour être véritablement impliqué politiquement, aurait été abattu par un soldat lorsqu’il sortait de sa maison ! Marineau n’est pas inhumé en ce cimetière.

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