Piètre état des routes en 1837

Il y a de ces sujets d’époque qui sont toujours d’actualité. Parmi ceux-ci, les innombrables problèmes reliés à notre système routier québécois. Nombreux sont ceux qui ont eu une quelconque mésaventure en rapport aux désormais incontournables nids-de-poule montréalais et/ou québécois. Selon le Rapport annuel de gestion 2004-2005 du Ministère des Transports du Québec (MTQ) dont les résultats sont publiés dans La Presse du 27 décembre 2005, « la moitié des Québécois sont insatisfaits de l’état des routes et estiment que la qualité du réseau routier a diminué depuis cinq ans ».

Il semble que la situation était sensiblement analogue en 1837. Voici donc de quoi il s’agit : en plein hiver, les routes et chemins bas-canadiens semblent avoir soufferts des passages fréquents des voitures et traîneaux mal attelés. Les cahots des chemins sont donc fréquents pour les voyageurs et les plaintes dans les journaux de l’époque aussi.

C’est d’abord La Minerve qui publie les propos dénonciateurs d’un homme dans son édition du 6 février 1837 :

Aujourd’hui, en passant par le chemin de la Pointe-aux-Trembles jusqu’à Montréal, j’ai vu mon cheval et se casser ma voiture, grâce à la belle inspection des routes qui se fait dans cette partie du district […]. MM. les inspecteurs  et sous-voyers de ces deux paroisses, s’ils ne préfèrent pas des poursuites voudront bien surveiller leurs chemins, mais attendant payer le dommages de celui dont ils sauront l’adresse au Bureau de La Minerve et qui a l’honneur et la douleur d’être, un voyageur estropié.

À la suite de cette plainte, le même journal publie le 9 mars suivant quelques mots à ce sujet :

Les grands abats de neige et le temps froid continu que nous avons eu ont rendu nos chemins d’hiver bien désagréables et en plusieurs endroits plus que fatigants pour les voyageurs. Y a-t-il un remède contre nos mauvais chemins ? Nous ne pouvons empêcher la neige de tomber par grande quantité non plus d’adoucir le temps, mais il nous semble que la main de l’homme peut quelque chose si son travail est bien dirigé.

On pose ensuite la question à savoir si l’on adopte d’autres types de voitures afin d’éviter la formation de cahots. On croit cependant que la solution pourrait venir des États-Unis, du Haut-Canada et des Cantons de L’Est, où l’on aurait placé une armature spéciale derrière le cheval destinée à éliminer l’amoncellement de neige, de telle sorte que celui-ci « prépare dans sa marche, le chemin pour le patin de la voiture », évitant ainsi « l’amoncellement de la neige sous la voiture et le refoulement qui produit le cahot.

Tout comme de nos jours, c’est principalement sur l’île de Montréal où l’on trouve d’innombrables défauts dans la chaussée routière. En ce sens, la même manchette de La Minerve poursuit en affirmant « que les chemins de notre cité en particulier sont souvent dans un plus mauvais état que ceux des campagnes ».

On y promouvoit la création d’associations volontaires ayant des ramifications dans toutes les paroisses dont le devoir principal serait simplement de « prêcher par l’exemple ». Son but ultime serait de faire « disparaître les cahots et les mauvais chemins ».

Puis, dans La Minerve du 16 mars 1837, on affirme qu’au Bas-Canada, contrairement à la Russie, à la Suède et à la Norvège, les gens auraient « préféré souffrir que d’améliorer [le] système de voitures ». Dénonçant la mauvaise composition des voitures d’hiver, l’article propose une nouvelle invention créée par « un homme industrieux et inventif » qui pourrait remédier les précédents maux :

Ce moyen consiste à atteler le cheval de manière à ce qu’il marche dans le chemin de la lice de la voiture. Il est vrai qu’on se sert généralement de deux chevaux attelés l’un contre l’autre, surtout pour les charges, que l’on peut doubler à raison de la force des deux chevaux, mais on n’attelle généralement qu’un seul cheval à la voiture légère. Cette manière de le placer ne l’oblige pas de tirer plus fort que les nôtres, la voiture va tout aussi bien, et quand bien même il tirerait un peu plus, l’absence des pentes et des cahots suffirait pour le moins fatiguer.

Le journal conclu qu’ « il est donc à espérer que notre système de voiture sera changé, soit par une loi, ou par des associations volontaires, tel que nous l’avons déjà proposé ».

Dans un autre article du même journal intitulé « Cahots et pentes », on dit qu’ « il existe enfin une certitude que le public pourra, s’il le veut, se débarrasser de ces cahots incommodes et de ces pentes désagréables, qui ont depuis si longtemps démantibulé nos chemins, incommodé et contrarié les voyageurs, brisé les voitures, et qui cet hiver surtout, ont été si communs, si formidables aux voyageurs, et si dispendieux aux propriétaires ».

Techniquement, on admet d’emblée « que c’est la manière dont on pose le travail sous la traîne qui cause les cahots ». En effet, « la neige se trouvant gênée par le travail et n’ayant pas un passage libre, est refoulée et entraînée avec la barre jusqu’à ce que l’amas étant devenu trop considérable et trop pesant pour être plus longtemps refoulé et entraîné, il faut de nécessité que la traîne passe par dessus; ce qui donne l’occasion de plonger immédiatement après chaque butte, laissant ainsi derrière elle quelques fois, une longue suite de buttes et de cavités qui ne sont autre chose que des cahots; ce que les voitures qui suivent ne font qu’augmenter ».

Comme quoi les années se suivent et se ressemblent sur nos chères routes québécoises !

Références :

La Presse, 27 décembre 2005.

La Minerve, 6 février 1837, 9 et 16 mars 1837.

Rapport annuel de gestion 2004-2005, Ministère des Transports du Québec (MTQ).

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