Le conciliabule de Varennes

Quoiqu’étant presque improvisé en raison de la radicalisation hâtive du mouvement patriote dans le district de Montréal, le conciliabule de Varennes demeure un petit événement, mais d’une importance capitale dans la suite de l’agenda politique de Louis-Joseph Papineau.

Le chef patriote quitte donc sa résidence de la rue Bonsecours de Montréal vers 17 h 00, le 13 novembre 1837, en compagnie de son bras droit Edmund Bailey O’Callaghan, rédacteur en chef du Vindicator et député de Yamaska, et de son neveu Louis-Antoine Dessaules. Papineau a pour objectif de se rendre dans la vallée du Richelieu, région réputée pour être un bastion patriote, afin d’aller discuter avec d’autres leaders des mesures à adopter en vue de mobiliser la population.

Le groupe se rend d’abord chez François Malo à Pointe-aux-Trembles où ils sont rejoints par Jean-Philippe Boucher-Belleville, rédacteur en chef du journal patriote radical L’Écho du Pays et membre des Fils de la liberté.

Puis, au matin du 14 novembre, Papineau, O’Callaghan et Boucher-Belleville se rendent en canot sur l’île Sainte-Thérèse afin de rencontrer Amury Girod. On retrouve finalement ce dernier le lendemain à Varennes à l’hôtel Girard.

Girod est lui-même surpris de voir entrer Boucher-Belleville « vêtu avec beaucoup d’élégance, mais tellement troublé qu’il avait l’air le plus ridicule du monde ». Il est ainsi conduit dehors et y trouve O’Callaghan « tremblant de froid et d’inquiétude » et Papineau « qui avait l’air absolument différent du premier. Il était calme, composé et bien que rien n’échappât à son regard, il ne laissait paraître le plus léger symptôme d’appréhension ».

Le quatuor se dirige ensuite chez Eugène-Napoléon Duchesnois où l’on discute des mesures à prendre. Pour sa part, Girod offre de participer à la mobilisation dans le comté des Deux-Montagnes. Dans son journal personnel, il décrit l’événement en ces termes en parlant à Papineau et O’Callaghan, il dit : « Allez à Saint-Denis, voyez Nelson, soyez prêts à nous procurer des armes. J’irai dans le Nord voir ce qu’on peut y faire; de Grand-Brûlé vous aurez de mes nouvelles. » Boucher-Belleville propose quant à lui de convoquer une convention afin d’établir un gouvernement provisoire. Ce geste serait en soit un acte de rébellion, mais on conçoit qu’il faudrait organiser le peuple et se procurer des armes et des munitions. On planifie donc une assemblée à Saint-Pie, au sud de Saint-Hyacinthe, prévue le 4 décembre prochain.

Durant le caucus, Papineau, vraisemblablement dépassé par les événements, parle peu tandis qu’O’Callaghan est pessimiste. Les deux hommes prendront ensuite le chemin de Saint-Denis où ils comptent trouver leur grand allié, le docteur Wolfred Nelson, déjà à l’œuvre en fortifiant sa propre maison!

Certains historiens, dont Elinor Kyte Senior, affirment que « si Papineau prend la direction du Richelieu, c’est peut-être à cause de cette initiative de Nelson, et parce qu’il craint que celui-ci ne soit tenté, ou même désireux, de prendre le commandement des patriotes ». Le débat est lancé.

Pendant ce temps à Montréal, le gouverneur Gosford émet 26 mandats d’arrestations contre des leaders patriotes. Le processus est sans équivoque et mènera directement à la mobilisation et à la résistance armée que l’on connaît.

Références :

BERNARD, Philippe, Amury Girod. Un Suisse chez les Patriotes du Bas-Canada, Sillery, Septentrion, 2001, 255 p.

DAVID, Laurent-Olivier, Les Patriotes de 1837-1838, Montréal, Eusèbe Senécal & Fils Imprimeurs-Éditeurs, 1884, 297 p.

FILTEAU, Gérard, Histoire des Patriotes, Sillery, Septentrion, 2003, 630 p.

GIROD, Amury, Journal tenu par feu Amury Girod, Traduit de l’allemand et de l’italien, 1838, paru dans le Rapport de l’archiviste du Canada, 1923, p. 408-419, réédition dans 1837 et les patriotes de Deux-Montagnes. Les voix de la mémoire, Montréal, Éditions du Méridien, 1998, p. 115-148.

LAPORTE, Gilles, Patriotes et Loyaux. Leadership régional et mobilisation politique en 1837-1838, Sillery, Septentrion, 2004, 415 p.

SENIOR, Elinor Kyte, Les habits rouges et les patriotes, Montréal, vlb éditeur, 1997, traduction de Redcoats and Patriots paru en 1985, 310 p.

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