La tête à Papineau

Notre société est remplie de patois et d’expressions de toutes sortes. En fait, « la langue canadienne-française comporte un certain nombre d’expressions idiomatiques associées au patronyme Papineau » aux dires du Lieu historique nationale du Canada du Manoir-Papineau. Tout le monde a déjà entendu cette expression typiquement québécoise : « Ça prend pas la tête à Papineau. » De quelle époque précisément provient-elle ? Difficile à dire. Tentons d’y voir plus clair.

D’emblée, nous pouvons avancer, comme tous les passionnés de l’histoire du Québec s’en doute, que celle-ci provient de Louis-Joseph Papineau (1786-1871). Fils du réputé député Joseph Papineau, homme politique de génie, orateur de l’Assemblée législative de 1815 à 1837 et chef incontesté du Parti patriote et principal instigateur des rébellions de 1837-1838 au Bas-Canada, ce célèbre avocat était évidemment reconnu dans l’opinion publique bas-canadienne pour être quelqu’un de très intelligent. On lui reconnaît généralement un esprit nettement supérieur à la moyenne de l’époque et sa réputation d’homme de tête lui survit d’ailleurs encore aujourd’hui.

En soit, une « tête à Papineau » se dit de quelqu’un d’intelligent. L’expression s’emploie presque toujours à la négative – « ça prend pas la tête à Papineau » – signifiant ainsi qu’il ne faut pas une grande intelligence pour comprendre une situation donnée. L’historien Gérard Filteau utilise d’ailleurs ce genre d’expression idiomatique dans son Histoire des Patriotes publiée en 1938. Pour sa part, Jan Depocas, directeur des Éditions Jean Lebel, relève au contraire le génie du chef patriote dans son interprétation, mais « comme les génies et les intelligences supérieures constituent, la plupart du temps, des exceptions, il est facile d’imaginer les limites de l’usage de cette formule ».

Une seconde explication est aussi quelquefois soulevée. Papineau, comme plusieurs autres leaders réformistes, a sa tête mise à prix par le gouverneur Gosford à la mi-novembre 1837. Il va de soit que la récompense pour sa capture est importante. Son mandat d’arrestation daté du 1er décembre 1837 octroie 1 000 £ (4 000 piastres) à quiconque fournira de l’information menant à sa capture.

Plus récemment, l’expression fut reprise par le groupe musical québécois Les Cowboys Fringants dans leur album Break syndical paru en 2002, et plus particulièrement dans la chanson La tête à Papineau. L’auteur Jean-François Pauzé, un auteur-compositeur de talent, y dit notamment, en parlant de la société québécoise actuelle que « ça prend pas la tête à Papineau pour s’rendre compte qu’on manque le métro » !

Référence :

FILTEAU, Gérard, Histoire des Patriotes, Sillery, Septentrion, 2003. 630 p.

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