André Ouimet : président des Fils de la liberté

André Ouimet naît à Sainte-Rose, le 10 février 1808. Il est le 15e enfant de Jean Ouimet et de Marie Beautron-Major. Il est d’ailleurs le frère aîné de Gédéon Ouimet, 26e et dernier enfant de la famille, qui fut plus tard Premier ministre du Québec. En 1823, alors âgé de 14 ans, on l’inscrit au petit séminaire de Montréal en études classiques. À sa sortie, il devient commis dans le magasin de Joseph Roy, un important marchand de Montréal.

En 1832, il débute sa cléricature sous Dominique et Charles-Elzéar Mondelet. Deux ans plus tard, il poursuit sa carrière dans le cabinet de son ami Charles-Ovide Perrault, avocat à Montréal et éventuel député du comté de Vaudreuil. Ouimet est admis au barreau le 25 avril 1836. Au cours des années 1830, et particulièrement entre 1834 et 1837, André Ouimet fréquente le milieu intellectuel patriote de la librairie d’Édouard-Raymon Fabre; un pôle incontournable de l’intelligentsia patriote.

Entre 1834 et 1837, il agit souvent à titre de secrétaire lors d’assemblées publiques. Ainsi, en décembre 1834 (4 et 23 décembre), il est secrétaire lors de deux réunions tenues à Montréal pour le Comité central et permanent du district de Montréal. Le 12 avril 1835, il occupe le même poste lors d’un autre rassemblement à Montréal des membres du Comité de correspondance du district de Montréal. Le 2 mai suivant, il participe activement à la création de l’Union patriotique de Montréal présidée par Denis-Benjamin Viger. On le retrouve de nouveau à Montréal en tant que secrétaire lors d’une assemblée du Comité central et permanent du district de Montréal le 17 août 1835.

L’année 1837 marque un tournant important dans la radicalisation du mouvement patriote. En ce sens, Ouimet intensifie son implication. Il seconde une résolution lors d’une réunion à l’Hôtel Nelson de Montréal pour le Comité de district, le 17 août 1837. Quelques jours plus tard, soit le 24 août, il est présent au moment de la fondation des Jeunes gens patriotiques rassemblés à l’Hôtel Nelson de Montréal.

Enfin, le 5 septembre 1837, lors de la création de l’Association des Fils de la liberté, il est nommé à la présidence de l’aile politique du mouvement (l’organisation civile) à l’Hôtel Nelson devant 500 personnes. Puis, le 4 octobre suivant, il signe « l’adresse des Fils de la liberté de Montréal aux jeunes gens des colonies de l’Amérique du Nord ». Il est présent au moment de l’affrontement du 6 novembre 1837 sur la rue Saint-Jacques entre les membres du Doric Club et ceux des Fils de la liberté, où il est blessé à un genou.

À la mi-novembre 1837, le gouvernement Gosford émet des mandats d’arrestations contre plusieurs leaders patriotes. Il est l’un des premiers à être incarcérés le 16 novembre. L’auteur Laurent-Olivier David nous rapporte les paroles de Ouimet qui raconte son arrestation : Le jeudi 16 novembre 1837, aux environs de 18 h 00 à 19 h 00, étant chez lui occupé à hacher du tabac, Ouimet entend un grand bruit dans l’escalier menant à son appartement. Puis, on frappe à la porte. Il dit : « Entrez ! » Il voit apparaître le ministre de la police M. Delisle qui lui dit : « Vous êtes mon prisonnier ! » « Et pourquoi ? répond-il aussitôt. « Pour haute trahison » rétorqua Delisle. Ouimet enchaîna : « Diable, c’est sérieux. Pas de caution pour cela, monsieur ? » « Non », lui dit Delisle. « Faut donc aller en prison ? » « Oui, j’en suis fâché » rajouta Delisle. Ouimet conclue : « Et moi bien plus, c’est égal, je me résigne ! » Il demeure en prison huit mois, d’abord à la vieille prison, puis au Pied-du-Courant.

Dans une lettre adressée à l’avocat des patriotes Louis-Thomas Drummond, Ouimet affirme que lors de ses trois premiers jours de détention, il attrape une « indigestion de prison ». Quelque peu découragé de la tournure des événements, il voit tout de même la mort avec ironie. En fait, André Ouimet entretient quelques correspondances durant son internement. Dans ses écrits, Ouimet semble une personne très colorée, racontant ici et là plusieurs anecdotes colorées.

Le 6 juin 1838, il adresse une importante critique à Mgr Jean-Jacques Lartigue concernant son mandement. Il souhaite en quelque sorte la « conversion » de l’évêque à la cause patriote. Aussi, dans une lettre envoyé à Louis Perrault quelques jours plus tard, Ouimet affirme : « Si je puis être remis en liberté, je vous assure que ma détermination est prise de m’expatrier, si l’on peut appeler patrie un lieu de naissance qui ne nous offre que cachots, que chaînes, privations, etc, l’inhumain Saint-Ours pour tyranniser. Dussé-je porter de l’eau aux États-Unis, je préfère ce genre de vie à celui que je pourrai mener à Montréal, même en liberté. »

Enfin, il y va d’une critique cinglante du catholicisme de Mgr Lartigue : « Dites aux Américains de n’être jamais catholiques, c’est la religion des imbéciles. Aussi ai-je cessé de l’être. » Moyennant 1 000 £ de cautionnement, Ouimet est libéré le 8 juillet 1838, lors de l’amnistie générale accordée par lord Durham.

D’après le journal d’Amédée Papineau, Ouimet, après sa libération, franchit la frontière canado-américaine et arrive à Burlington le 28 juillet 1838. D’ailleurs, il semble entretenir une importante correspondance avec ce dernier. Quoi qu’il en soit, Ouimet ne semble pas être directement impliqué dans le soulèvement de 1838.

Lors de l’Union du Haut et du Bas-Canada, il se range du côté des réformistes de Baldwin-LaFontaine. Au cours des années 1840, il « se signale par les remarquables plaidoiries qu’il prononça devant la Cour de Circuit du district de Montréal et il passait pour un éminent criminaliste ». En 1848, lors des élections municipales à Montréal, il est élu conseiller du Quartier-Est, mais se retire en 1850.

De plus, d’après Aegidus Fauteux, Ouimet exerce sa profession en compagnie de Pierre-Georges Boucher de Boucherville après les troubles. En 1839, André Ouimet a comme clerc son jeune frère Gédéon. Le 29 avril 1839, il épouse à Montréal Charlotte Roy, veuve de Toussaint Brosseau. Ils ont ensemble trois enfants : deux garçons et une fille.

D’après Laurent-Olivier David, Ouimet était un excellent avocat, ainsi qu’un orateur populaire […], grand, mince, brun, « beau ni de figure ni de taille, mais d’une physionomie intelligente et sympathique ». Il meurt à Montréal le 10 février 1853, le jour même de son 45e anniversaire de naissance.

Références :

Archives de la Chancellerie de l’archevêché de Montréal (ACAM), Mandat anonyme à Mgr Jean-Jacques Lartigue, 6 juin 1838, 901.106; 838-4.

BAC, lettre d’André Ouimet à Louis Perrault, 15 juin 1838, Mg 24, B 2, Fonds Papineau, vol. 2, p. 3012-3014, micro-film C-15790.

BAC, MG 24, B 128 : 85c.

BAC, MG 24, B 129 : 23-25, 61-101, 125-130.

Division des Archives de l’Université de Montréal (DAUM), lettre d’André Ouimet à Louis-Thomas Drummond, Fonds Baby, P 58, 20 janvier 1838.

DAVID, Laurent-Olivier, Les Patriotes de 1837-1838, Montréal, Eusèbe Senécal & Fils Imprimeurs-Éditeurs, 1884, 297 p.

DeLORIMIER, Michel, « Ouimet, André », DBC, Les Presses de l’Université Laval, Sainte-Foy, volume VIII.

La Minerve, 29 mai 1835, 24 août 1837, 7 septembre 1837, 5 octobre 1837, 9 octobre 1837.

PAPINEAU, Amédée, Journal d’un Fils de la Liberté 1838-1855, Sillery, Septentrion, texte établi avec introduction et notes par Georges Aubin, 1998, 957 p.

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