Grégoire XVI : pape en 1837

La mort de Jean-Paul II ainsi que l’élection du nouveau pape Benoît XVI en a amenées plus d’un à s’intéresser aux rouages politiques du Vatican. Dans le cadre de notre chronique, nous nous sommes donc penchés sur l’identité et les réalisations du pape en poste lors des troubles de 1837-1838.

Le pape Grégoire XVI naît à Bellune en Italie le 28 septembre 1765. Il se nomme Bartolomeo Alberto Cappellari et est le fils de Giovanni Battista et de Giulia Cesa-Pagani. Dès l’adolescence, il se montre intéressé par la vie religieuse. Il entre en tant que novice au monastère camaldule (moine ermite) de San Michele di Murano en 1783.

Ordonné prêtre en 1787, il est par la suite nommé abbé de San Gregorio par le pape Pie VII en 1805. Après s’être momentanément retirer à Venise pour un peu de repos, il y revient en 1807 comme procureur général. Puis, vers 1815, il est nommé consultant de diverses congrégations et examinateur des évêques.

Le 21 mars 1825, Cappellari est nommé cardinal de San Callisto et préfet de la congrégation de la propagande par le pape Léon XII. À la suite du décès rapides de ce dernier en 1829 et de son successeur Pie VIII l’année suivante, un conclave, qui allait durer 7 semaines, se met en branle. Le 2 février 1831, le cardinal Cappellari est élu pape par 31 voix sur 45. Il prend le nom de Grégoire XVI en l’honneur du saint patron de son ancien ordre pour qui il a conservé une vénération particulière. Il est donc le 253e successeur de l’apôtre Pierre.

Au Bas-Canada, la nouvelle de l’élection de Grégoire XVI arrive dans La Minerve du jeudi 21 avril 1831. Voyons dans ce journal ce que l’on dit du nouveau souverain pontife : « Le conclave n’existe plus; le pape est nommé. Le cardinal premier diacre a proclamé ce matin, une heure avant-midi, l’élection du nouveau pontife. Le cardinal Cappellari a réuni les deux tiers des suffrages. […] On désespérait hier encore, vu la ténacité de tous les partis qui divisent le conclave, que la nomination du pape pût avoir lieu avant deux mois. Un rapprochement inopiné s’est opéré dans la nuit du 1er au 2 février. Les cardinaux français ont le plus contribué à cette réunion; ils ont la principale gloire du choix qui vient de donner un chef à l’Église et un souverain à Rome. […] Grégoire XVI sera un grand pontife dans l’intérêt de l’Église; il a les lumières et la piété qui doivent distinguer le successeur de saint Pierre. […] il pourra aujourd’hui honorer le saint-siège par ses vertus. Sa tolérance et sa modération doivent rendre cher à toutes les religions. Rome jouissait, le 6 février, d’une pleine tranquillité sous la nouvelle domination du pape Grégoire XVI; l’insurrection n’y avait pas encore éclaté […]. »

À peine élu, Grégoire XVI doit faire face à plusieurs mouvements révolutionnaires qui secouent l’Europe dans les années 1830. Il ne réussit à réprimer le soulèvement de la Romagne qu’avec le concours de l’Autriche, ce qui entraîna l’occupation d’Ancône par les Français (1832).

Au niveau doctrinal, Grégoire XVI condamne les idéologies libérales prônées par Félicité-Robert de La Mennais dans les encycliques Mirari Vos en 1832 et Singulari Nos en 1834. Très conservateur, ses écrits sont d’une verve peu commune. Il dénonce en autre la liberté de conscience, la liberté de presse et le suffrage universel.

Le 13 mai 1836, Grégoire XVI signe la bulle d’érection du nouveau diocèse de Montréal avec Mgr Jean-Jacques Lartigue à sa tête. Ce dernier devient donc, le 8 septembre de la même année, le premier évêque de Montréal. Puis, Mgr Ignace Bourget est nommé coadjuteur de l’évêque de Montréal avec droit de succession, par un bref apostolique de Grégoire XVI du 10 mars 1837, à peine quelques semaines avant les premières assemblées anticoercitives patriotes. En somme, Grégoire XVI fut un grand pape missionnaire. De son pontificat renaît les missions au XIXe siècle.

Selon le témoignage de François-Maurice Lepailleur, patriote exilé en Australie, en date du 23 septembre 1841 : « Une gazette annonce la mort de notre Saint Père le pape. » La nouvelle est évidemment sans fondement. Grégoire XVI décède à Rome le 1er juin 1846. La nouvelle nous parvient au Bas-Canada par le biais de La Minerve du lundi 6 juillet 1846. Elle se traduit en ces termes : « La nouvelle la plus importante […] est celle de la mort de Sa Sainteté, le Pape Grégoire XVI, arrivée le 1er juin, entre 9 et 10 heures le matin. Attaqué d’un érysipèle à la jambe [maladie infectieuse aiguë caractérisée par une inflammation de la peau], il est mort après cinq jours de maladie. […] » Tel était le pape au moment des rébellions de 1837-1838. Son successeur sera Pie IX qui aura le plus long pontificat de l’histoire.

Références :

CHAUSSÉ, Gille et Lucien Lemieux, « Jean-Jacques Lartigue », Dictionnaire biographique du Canada, Volume VII, p. 525-531.

La Minerve, 21 avril 1831, 6 juillet 1846.

LEPAILLEUR, François-Maurice, Journal d’un patriote exilé en Australie 1839-1845, Sillery, Septentrion, texte établi avec introduction et notes par Georges Aubin, 1996, p. 214.

Le Petit Robert des noms propres, 1998.

MOURRE, Michel, Le petit Mourre, Larousse, 1998, p. 485.

SYLVAIN, Philippe, « Ignace Bourget », Dictionnaire biographique du Canada, Volume XI, p. 103-115.

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