George-Étienne Cartier : traître à la cause patriote ?

George-Étienne Cartier naît à Saint-Antoine-sur-Richelieu, dans le comté de Verchères, le 6 septembre 1814 de Jacques Cartier et de Marguerite Paradis. Il n’a d’ailleurs aucun lien de parenté avec le fameux navigateur et découvreur français. Cartier est demeuré dans notre mémoire collective surtout dû au fait de sa participation à la création du Dominion of Canada en 1867. Toutefois, dans sa toute jeunesse, celui-ci joue un rôle des plus déterminant dans le cours des événements de 1837-1838.

Le jeune Cartier termine ses études secondaires en 1831. Il s’initie aussitôt au droit sous la tutelle de l’avocat et leader patriote radical Édouard-Étienne Rodier. Il est admis au Barreau le 9 novembre 1835. Âgé d’à peine 20 ans, Cartier participe à plusieurs rassemblements politiques dès mai 1834.

Étant co-secrétaire du Comité central et permanent du district de Montréal, il aide notamment Louis-Joseph Papineau et Robert Nelson à se faire élire à Montréal à l’élection générale de novembre 1834. Quelques mois plus tôt, soit le 24 juin de la même année, il est présent au premier banquet de la Saint-Jean-Baptiste à Montréal où il entonne le Ô Canada, mon pays, mes amours, chant patriotique qu’il venait de composer. Lors du banquet de l’année suivante, il présente un nouveau chant patriotique – Avant tout je suis Canadien – qui deviendra l’hymne des Fils de la liberté en 1837.

Le jeune avocat est aussi présent à la grande assemblée patriote tenue à Saint-Laurent le 15 mai 1837 et organisé par le Comité central et permanent du district de Montréal. Aux côtés du non moins légendaire Chevalier DeLorimier, Cartier occupe la charge de co-secrétaire de l’événement et doit ainsi « assurer la liaison entre l’organisation plus ancienne des patriotes militants et les jeunes membres qui fondent au mois d’août les Fils de la liberté ». Il adhère d’ailleurs à l’organisation le 5 septembre 1837 en tant qu’officier subalterne.

Le principal fait d’arme de George-Étienne Cartier se déroule le 23 novembre 1837 lors de la célèbre bataille de Saint-Denis. En effet, durant l’affrontement, il se trouve avec plusieurs autres, dont son cousin Henri, dans la grande maison (forteresse) Saint-Germain. Vers 14 h 00, Wolfred Nelson, voyant ses réserves de munitions s’épuiser rapidement, envoie Cartier et quelques autres à Saint-Antoine, sur l’autre rive du Richelieu, afin d’aller chercher des armes. Sa mission réussit ramenant par surcroît des renforts des paroisses voisines. D’aucun diront que ces derniers feront pencher la balance en faveur des insurgés.

Après la défaite cuisante des patriotes à Saint-Charles deux jours plus tard, Cartier se cache chez un cultivateur de Verchères durant tout l’hiver. D’après l’auteur de sa biographie dans le Dictionnaire biographique du Canada, sa mort même fut annoncée dans les journaux mais, en réalité, sa cachette ayant été découverte, il doit fuir vers les États-Unis où il vit à Plattsburgh et à Burlington (Vermont), de mai à octobre 1838. À la suite de la déclaration d’amnistie proclamée le 28 juin 1838, il revient au Bas-Canada, plus particulièrement à Montréal où il est momentanément incarcéré.

Puis, « après s’être repenti de son passé révolutionnaire », il entreprend la grande carrière politique que nous lui connaissons aujourd’hui.

Cartier est aussi en faveur l’Union et devient un fidèle partisan de Louis-Hippolyte La Fontaine tout en réclamant ouvertement l’application du principe de la responsabilité ministérielle. En 1848, il est élu député du comté de Verchères. L’année suivante, il est favorable à la loi d’indemnisation des victimes des rébellions de 1837. Toutefois, Cartier ne participe pas au débat.

Il est aussi premier ministre conjointement avec John A. MacDonald de 1857 à 1858 et de 1858 à 1862. Par la suite, il est durement éprouvé lors de l’élection de 1872 alors qu’il est défait dans la circonscription de Montréal-Est.

Considéré comme étant l’un des pères de la Confédération canadienne, il est, pour plusieurs historiens nationalistes, un « traître à la cause patriote » qu’il a pourtant défendue dans sa jeunesse. Plus tard, il prend plaisir à dire qu’il fut un « rebelle ». Dans une lettre adressée à Charles Buller, secrétaire de Lord Durham, en date du 20 septembre 1838, « il prétendait que c’était plutôt une aventure de jeunesse et n’avait point forfait à son allégeance envers le gouvernement de Sa Majesté dans la Province du Bas-Canada ». Sir George-Étienne Cartier décède à Londres le 20 mai 1873.

Références :

BONENFANT, J.-C., « George-Étienne Cartier », Dictionnaire biographique du Canada, Volume X, p. 155-166.

FILTEAU, Gérard, Histoire des Patriotes, Sillery, Septentrion, 2003, 630 p.

LAPORTE, Gilles, Patriotes et Loyaux. Leadership régional et mobilisation politique en 1837-1838, Sillery, Septentrion, 2004, 415 p.

SENIOR, Elinor Kyte, Les habits rouges et les patriotes, Montréal, vlb éditeur, 1997, traduction de Redcoats and Patriots paru en 1985, 310 p.

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