Benjamin Hart

D’emblée, mentionnons que Benjamin Hart est un homme d’affaires, un officier de milice, et surtout un important juge de paix constitutionnaliste au moment des rébellions de 1837-1838. D’origine juive, Benjamin Hart naît le 10 août 1779 à Montréal. Il est le 4e fils d’Aaron Hart, un important marchand de Trois-Rivières.

Hart est éduqué par des précepteurs, d’abord à Philadelphie par Benjamin Jonas Phillips, puis à New York chez Eleazar Levy. De retour en Mauricie en 1798, il aide l’entreprise familiale en tant que voyageur de commerce pour la brasserie familiale.

À la suite du décès de son père en décembre 1800, il se rend en Angleterre afin de conclure certains marchés, notamment avec « l’empire » dirigée par Edward Ellice (un bureaucrate reconnu). Aux côtés de son frère Alexander, il fait prospérer l’entreprise familiale montréalaise « faisant d’ailleurs le commerce de n’importe quoi ». Le 1er avril 1806, Hart épouse Harriot Judith Hart à New York. Le couple a 16 enfants dont la moitié meurt en bas âge.

De tempérament « ambitieux, travailleur, indépendant et entreprenant, Hart affermit sa position dans la société de Trois-Rivières au cours de la première décennie du XIXe siècle ». « Membre d’un jury d’accusation et trésorier de la Société du feu, il participe activement aux premières luttes des libertés civiles juives. » En ce sens, il incite son frère aîné à briguer en 1807 l’investiture du comté de Trois-Rivières à la Chambre d’assemblée.

Au niveau militaire, après moulte démarches, il s’initie à la milice en participant à la guerre canado-américaine de 1812 en servant dans la compagnie légère du capitaine John Ogilvy au sein des Montreal Incorporated Volunteers. En 1820, il passe du grade d’enseigne à celui de lieutenant-colonel dans le 1er bataillon de milice de Montréal.

Il s’installe définitivement à Montréal en 1818. Puis, lors du recensement d 1831, on sait que Hart possède 18 000 acres de terre dans 12 cantons au Bas-Canada ainsi que des actions dans le tout nouveau chemin de fer reliant Saint-Jean à Laprairie.

En 1833, les autorités gouvernementales lui offrent la charge de juge de paix, mais puisque le serment d’office est chrétien, il attend jusqu’en 1837 avant d’accepter le poste.

Lors des troubles de 1837-1838, Benjamin Hart est reconnu pour ses idées constitutionnelles et ne cache pas son antipathie pour la cause patriote. Il prétendit « avoir joué un rôle important comme magistrat en recevant des renseignements, en réprimant des actes de violence et en autorisant l’arrestation de présumés rebelles; en fait, les chefs rebelles le soupçonnaient de décerner des mandats en blanc ». Selon l’auteur John Richardson, les patriotes voulaient se débarrasser des principaux marchands influents et loyaux sujets de sa majesté et de proscrire tous les juifs (!!!). Ainsi, « Benjamin Hart, riche marchand professant cette religion, devait être envoyé au gibet ».

En 1838, il tente en vain d’obtenir une nomination au sein du Conseil spécial créé pour diriger la colonie après la rébellion de 1837. En tant que juge de paix, son nom figure au bas de plusieurs centaines de dépositions et d’examens volontaires de patriotes incarcérés au Pied-du-Courant entre 1837 et 1840. Son rôle consiste à mettre par écrit les témoignages des rebelles.

À la suite des événements insurrectionnels, Hart est toujours aussi impliqué en faveur de la Congrégation juive de Montréal. En 1848, étant l’une des personnalités juives les plus importantes de Montréal, Hart se voit intenter un procès par son épouse qui lui réclame « l’aide pécuniaire garantie par leur contrat de mariage ». De plus, il est amer de la décision de la Commission des Pertes de lui refuser sa réclamation en argent à la suite des dommages subis à ses propriétés en 1837-1838.

Prônant l’union économique et politique avec les États-Unis en 1849, il signe le Manifeste annexionniste et s’établit à New York où il vit, d’une santé défaillante, ses dernières années. Benjamin Hart meurt en ce lieu, à l’hôtel St. George, dans Broadway, le 27 février 1855.

Référence :

FILTEAU, Gérard, Histoire des Patriotes, Sillery, Septentrion, 2003, 630 p.

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