Une histoire de signatures

Jean-Olivier Chénier est incontestablement le chef des patriotes de Saint-Eustache en 1837. Dès son arrivée dans le comté d’York (plus tard Deux-Montagnes) en 1828, il gravit en quelque sorte les échelons et s’impose aux côtés des vieux leaders de la région tels Ignace Raizenne, Jacques Labrie, Joseph-Amable Berthelot, Jean-Joseph Girouard, Jean-Baptiste Dumouchel et William Henry Scott. Mais déjà très jeune, Chénier est initié à la politique par son tuteur médical, le docteur et député de Trois-Rivières, René-Joseph Kimber.

À Saint-Eustache, il côtoie plus particulièrement le docteur Jacques Labrie et fait ainsi la connaissance de sa fille, Marie-Louise-Zéphirine, qu’il épouse en l’église paroissiale le 26 septembre 1831. Les Registres des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse de Saint-Eustache nous indiquent les précieux invités à l’événement. Le document est fort intéressant et d’une valeur historique sans pareille. Cette partie de registre est probablement l’un des bouts de papier contenant, au pouce carré, le plus grand nombre de signatures de patriotes impliqués dans les rébellions de 1837-1838 ! En effet, plusieurs grandes personnalités du Parti canadien et de l’entourage sociopolitique de Chénier signent le registre de la paroisse, démontrant par le fait même les assises de Chénier au sein du futur mouvement patriote.

Ainsi, aux côtés des signatures de Jean-Olivier Chénier et de son épouse Zéphirine Labrie, nous distinguons notamment les noms suivants : Victor Chénier (père du marié), le docteur Jacques Labrie (père de la mariée), le chef patriote Louis-Joseph Papineau, les frères Neil et William Henry Scott, le marchand Jean-Baptiste Dumouchel et son fils aîné Vital-Léandre, le notaire eustachois Joseph-Amable Berthelot, le célèbre député de Bellechasse Augustin-Norbert Morin, Louis-Michel et Jacques Viger, Côme-Séraphin Cherrier, le docteur Joseph Lachaîne de Sainte-Thérèse, ainsi que quelques personnalités eustachoises telles Jean-Baptiste Laviolette, Paul Rochon et Charles Dion, le tout contresigné par le curé Jacques Paquin, futur adversaire de Chénier au plan idéologique.

Nous avons personnellement pu accéder au dit document original dans les archives de la paroisse de Saint-Eustache. Quel bonheur ! C’est tout de même extraordinaire de « toucher » un bout de papier qui est passé entre les mains de tous ces grands personnages marquants de l’histoire du Québec.

Qui aurait cru qu’un simple mariage allait rassembler autant d’individus qui, dans les années subséquentes, marqueront d’un grand trait l’histoire insurrectionnelle.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *