Robert Unwin Harwood : seigneur loyal de Vaudreuil

En 1837, Robert Unwin Harwood est le seigneur de Vaudreuil. Fils d’un commerçant britannique dénommé Harwood et d’Elizabeth Unwin, il naît à Sheffield, en Angleterre, le 22 janvier 1798. Il arrive à Montréal en 1821 où il joint la quincaillerie de son frère. Le 15 décembre 1823, il épouse Marie-Louise-Josephte Chartier de Lotbinière, à l’église anglicane Christ Church de Montréal. Elle est la fille aînée du seigneur Michel-Eustache-Gaspard-Alain Chartier de Lotbinière.

Par cette alliance, il hérite de la seigneurie de Vaudreuil qu’il met rapidement en valeur en y demeurant et en y faisant construire son manoir seigneurial. En ce sens, il entreprend certaines réformes en agriculture et dans les transports. En fait, la conduite d’Harwood comme seigneur est irréprochable. À partir de 1841, il fait produire de la farine et entre 1846 et 1853, il transforme ses terres en franc et commun soccage, c’est-à-dire libre de toute redevance. En 1853, il participe à la mise sur pied et à l’administration de la Compagnie du chemin de fer de Vaudreuil.

Au niveau politique, entre 1824 et 1828, il fait partie du grand jury des assises criminelles à plusieurs reprises avec les John Molson, Peter McGill et George Moffatt. Puis, tellement occupé par son titre de seigneur, il refuse un poste de juge de paix en 1830. Il est nommé au Conseil législatif le 10 janvier 1832 et ce, jusqu’à la suspension de la constitution, le 27 mars 1838. Cependant, étant trop jeune, il exerce peu d’influence au Conseil durant les troubles de 1837-1838.

Dans les années qui précèdent les troubles, il se range du côté constitutionnel. Malgré l’opposition sociopolitique qui divise la population vaudreuilloise en 1837, les préoccupations économiques occupent une place importante au sein de la communauté. Ainsi, Harwood participe à une assemblée publique, tenue à Vaudreuil le 12 mai 1837, dans le but de fonder une compagnie d’assurance mutuelle contre le feu. Patriotes et loyaux s’y côtoient, dont Harwood, le tout dans le but d’éviter des débordements de part et d’autre.

Lors d’une réunion tenue à Vaudreuil le 3 juillet 1837, les notables constitutionnels de la région émettent leur propre « proclamation » interdisant les assemblées populaires. Harwood la rédige avec le major John A. Mathison.

Témoin des excès de zèle de Mathison à l’égard de toute personne soupçonnée d’être sympathique aux patriotes, il écrit au début septembre 1838 au secrétaire civil du gouverneur, Charles Buller, pour se plaindre de ses agissements et l’accusant d’abuser de ses pouvoirs de juge de paix. Le seigneur Harwood ne participe donc pas à la répression menée par Mathison contre les rebelles de son comté.

À la suite des rébellions de 1837-1838, il est membre du Conseil spécial du 1er août 1839 jusqu’à l’entrée en vigueur de l’Acte d’Union, le 10 février 1841. Aux élections de 1848, 1851 et 1854, il est défait dans Vaudreuil en tant que candidat réformiste. Puis, il est élu en 1858 comme candidat conservateur. Il démissionne toutefois de son poste le 3 octobre 1860. Il est finalement nommé au Conseil législatif de la division de Rigaud le 5 novembre 1860, mais refuse à nouveau la nomination de juge de paix dans son comté. Vers la fin de sa vie, il obtient encore quelques postes de commissaire.

Ayant un souci du progrès hors de l’ordinaire, le seigneur Harwood a une attitude plutôt libérale pour son époque. Robert Unwin Harwood meurt dans son manoir de Vaudreuil le 12 avril 1863. Les obsèques se déroulent dans la cathédrale anglicane Christ Church à Montréal, le 16 avril suivant. Après son décès, La Minerve souligne que « peu de seigneurs ont su se faire aimer de leurs censitaires autant que lui ». On attribue ce fait à Harwood lui-même qui use d’une grande indulgence dans la perception des droits seigneuriaux.

Références :

BAnQ, « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, M-165-2, no 1064, lettre de Robert Harwood, seigneur de Vaudreuil, à Charles Buller, secrétaire civil, 4 septembre 1838.

BAnQ, « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, M-165-8, no 4100, lettre de Robert Harwood au procureur général à propos des accusations portées contre John A. Mathison, 24 octobre 1838.

FILION, Mario, Histoire du Haut Saint-Laurent, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2000, 441 p. (coll. « Les Régions du Québec », no 12).

La Minerve, 16 avril 1863.

SÉGUIN, Robert-Lionel, Le mouvement insurrectionnel dans la Presqu’île de Vaudreuil 1837-1838, Montréal, Librairie Ducharme Ltée, 1955, 157 p.

The Vindicator, 12 mai 1837.

THOMPSON, John Beswarick, « Harwood, Robert Unwin », DBC, Les Presses de l’Université Laval, Sainte-Foy, volume IX.

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