Pierre Godin

Pierre Godin naît vers 1805, mais nous ne savons à quel endroit. Il est le fils d’Antoine Godin et de Geneviève Bougy. Le 21 janvier 1834, à Saint-Eustache, il unit sa destinée à celle de Narcisse Duquet, fille de Joseph Duquet et de Marie-Élisabeth Vaudry.

Selon le recensement de 1842, Pierre Godin est cultivateur sur le Grand-Chicot, à Saint-Eustache. Sa famille compte alors neuf personnes. Au niveau militaire, nous savons que Godin occupe en 1834 le grade de lieutenant au sein du Premier bataillon de milice du comté du Lac des Deux-Montagnes, sous les ordres du lieutenant-colonel Frédéric-Eugène Globensky.

L’implication de Pierre Godin dans les troubles de 1837 à Saint-Eustache reste limitée. D’emblée, il ne semble pas participer aux nombreuses assemblées politiques qui se déroulent un peu partout dans la région entre 1834 et 1837. À vrai dire, Godin est impliqué bien malgré lui dans toutes ces histoires ; il est victime du pillage de la part des patriotes radicaux.

Le 5 décembre 1838, Godin fait une déposition à Saint-Eustache, devant le notaire et juge de paix Frédéric-Eugène Globensky, dans laquelle il affirme que le 10 décembre 1837, un groupe d’hommes mené par Augustin Sanche dit l’Espagnol, serait venu le visiter afin de le forcer à « marcher » avec eux. Godin s’y refuse obstinément et Sanche dit l’Espagnol de lui répondre : « Eh bien, nous allons prendre un cheval attelé, un paire de bœuf, ce que tu as de moutons gras. » Les patriotes prennent donc les dits animaux, mais après âpre discussion entre les deux hommes, le groupe ne réquisitionne qu’un seul bœuf.

Cette histoire est en effet corroborée par la réclamation que Godin réalise à l’attention de Joseph-Guillaume Barthe, secrétaire de la Commission des Pertes de 1837-1838, en date du 2 mars 1846. « Pour un bœuf pris par les rebelles », Pierre Godin réclame la somme de £7 et 10 sols, mais ne reçoit du gouvernement que £6 et 5 sols. Voici le texte intégral de sa réclamation :

À messieurs les commissaires nommés pour s’enquérir des pertes souffertes pour les sujets de Sa Majesté, dans les troubles de 1837 et 38.

Valeur de la perte soufferte par Pierre Godin, cultivateur de la côte dite le Grand-Chicot, dans la paroisse de Saint-Eustache, comté des Deux-Montagnes, district de Montréal, à l’occasion des dits troubles.

Savoir :

Un bœuf de boucherie estimé à £7, 0, 0. Le dit Pierre Godin ayant préféré souffrir cette perte, en décembre 1837, que de se joindre aux rebelles, comme ils l’en forçaient, préférant se conformer à la proclamation du gouverneur qui promettait à tous les sujets de Sa Majesté qui resterait tranquille, d’être protégés et récompensés ; c’est pourquoi il ôse espérer qu’on voudra bien lui accorder ce que de droit, et ayant déclaré ne savoir signer, il a fait sa marque, en présence des témoins soussignés à Saint-Eustache le 2 mars 1846.

Paul Rochon                  Pierre Godin

Pierre Vanier

La même réclamation de 1846 contient le témoignage de deux autres résidants du Grand-Chicot, à savoir Joseph Labonne et Jacques Lanthier, qui plaident en faveur de Godin. Voici de quelle manière ils soutiennent le réclamant :

Pierre Godin cultivateur Saint-Eustache

Trois ou quatre jours avant la bataille à Saint-Eustache, environ onze canadiens en rébellion furent chez lui pour l’engager à venir au camp des rebelles, pour son refus ils prirent un bœuf. Le bœuf valait 25$

Joseph Labonne, commerçant, même lieu, connaît le réclamant. Il demeurait près de lui lors de la rébellion. Il s’est trouvé chez le réclamant lorsque 3 ou 4 jours avant la bataille de Saint-Eustache de 10 à 15 rebelles vinrent chez lui le demander de venir au camp, ce qu’il refusa de faire disant qu’il y avait assez de eux pour se révolter, qui lui ne voulait pas le faire. Là depuis ils le menacèrent de lui prendre ses animaux et il leur a répondu emmenez-les, sur quoi ils prirent un bœuf gras. Il pouvait valoir 25 $.

Jacques Lanthier, aubergiste, dit lui : Il était voisin du réclamant en 1837, et pendant son absence pour aller se placer sous la protection des troupes à Saint-Laurent pour n’être pas pris par les rebelles, le témoin [faisant] le [train] du réclamant. Environ 3 ou 4 jours avant la bataille de Saint-Eustache, environ 16 ou 17 rebelles furent chez le réclamant le requérir de venir au camp, ce qu’il a refusé ne voulant pas se révolter. Sur ce refus ils le menacèrent de pillage, et il leur répondit qu’ils le pouvaient. Alors ils lui prirent un bœuf. Ce bœuf était bien gras et bien épais. Il valait bien 25 $.

Par ailleurs, le nom de Pierre Godin se retrouve dans quelques autres documents relatifs aux événements de 1837. En 1839, le curé de Saint-Eustache, Jacques Paquin, réalise un recensement « politique » de tous ses paroissiens impliqués ou non dans les événements de 1837. Toujours résidant sur le Grand-Chicot, Godin est pour sa part considéré comme étant non compromis dans la rébellion de 1837 à Saint-Eustache. Il est aussi qualifié de loyaux par James Gentle, son capitaine de milice, dans une liste datée du 10 septembre 1839. Étrangement, Godin est considéré comme un patriote si l’on se fie à l’inventaire réalisé par le docteur Charles Gordon O’Doherty en septembre 1839.

Enfin, le nom de Pierre Godin se retrouve sur une « pétition des habitants de Saint-Eustache afin d’avoir l’argent nécessaire pour reconstruire l’église paroissiale » adressée au gouverneur Charles Theophilus Metcalfe et datée du 27 novembre 1844.

Vers la fin de sa courte vie, Pierre Godin est fortement impliqué dans le domaine de l’éducation à Saint-Eustache. Effectivement, le 18 juin 1852, il est élu sur le syndic scolaire en tant que commissaire aux côtés de John Dunn et Jean-Baptiste Daoust. Puis, à peine plus d’un mois avant son décès, Pierre Godin est de nouveau élu comme commissaire le 15 mai 1855 avec Julian Gastineau, Louis Ouimette, Jean-Baptiste Proulx et Jean-Baptiste Paquin.

Pierre Godin meurt à Saint-Eustache, le 21 juin 1855 à l’âge de 55 ans. Il est inhumé en ce lieu quatre jours plus tard.

Références :

BAC, Feddocs, Lower Canada Rebellion looses claims 1837-1855, Project no 19-2, RG 19, series E-5-B (R200-113-0-F), volume 5482, no 190 ; volume 3776, no 570.

BAC, recensement de 1842, County of the Lake of Two-Mountains, St.Eustache Parish, bobine C-728.

BAnQ, « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, M-165-2,  no 626a, déposition de Pierre Godin, 5 décembre 1838.

BAnQ, Milice et défense, documents antérieurs à la Confédération, Bureau de l’adjudant général, Bas-Canada, 1776-1850, RG 9, IA5 : volume 14, registre d’officiers 1831-1846 (bobine 8495) et volume 16, registre d’officiers 1831-1846 (bobine 8496).

GRIGNON, Claude-Henri, Cahiers d’histoire de Deux-Montagnes, volume 5, no 3, décembre 1982, 132 p.

PAQUIN, Jacques, « Tableau politique », La Revue des Deux-Montagnes, annoté par Claude-Henri Grignon, no 5, octobre 1996, p. 43-65.

Registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse de Saint-Eustache.

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