Peter McKercher : un prisonnier des patriotes

Il y a de ces personnages inconnus qui, malgré eux, marquent d’une certaine façon l’histoire des rébellions de notre région. Nous relatons ici le court récit de Peter McKercher, un notaire anglophone de la côte Saint-Pierre, dans la paroisse de Saint-Hermas (selon le recensement de 1842). Nous ne possédons que très peu d’informations sur cet obscur et énigmatique personnage qui est constitué prisonnier par des patriotes radicaux du comté des Deux-Montagnes.

Deux examens volontaires nous expliquent néanmoins cette petite aventure. D’abord, selon un examen volontaire de Jean-Baptiste Richer, marchand de Saint-Benoît, c’est vers la fin de novembre 1837 que 8 individus, dont le cultivateur Damase Deshêtres, auraient fait prisonnier le nommé McKercher. Ils auraient aussitôt emmené chez le dit marchand de Saint-Benoît auquel ils demandèrent ce qu’ils devaient en faire. Richer leur répondit qu’il ne voulait point s’en mêler et qu’ils pouvaient en faire ce que bon leur semblerait.

Le groupe quitte alors l’endroit en direction de la résidence du notaire Jean-Joseph Girouard afin de conduire le captif auprès du général Girod. C’est probablement dans ce contexte que McKercher est gardé à Saint-Benoît, puis emmené chez le marchand Jean-Baptiste Dumouchel.

Dumouchel confirme la situation en ces mots : « on m’a emmené chez moi, prisonnier, un nommé McKercher, à qui je donnai à manger et le fis mettre en liberté en le recommandant comme un homme que je connaissais, à ceux qui l’avaient en garde. » Fait intéressant, dans son examen volontaire, le marchand Jean-Baptiste Dumouchel affirme qu’un certain « Kercher » l’aurait intercepté à la côte Saint-Joseph lors de sa fuite. Est-ce le même individu dont on parle ici ? Les chances en sont bonnes, mais nous sommes en droit de nous demander pourquoi McKercher, après avoir été nourri et libéré par Dumouchel, prend le parti d’arrêter le marchand de Saint-Benoît, alors en fuite.

Nous croyions alors que Peter McKercher n’avait joué d’autres rôles dans les troubles de 1837. Une lecture de l’ouvrage de Robert-Lionel Séguin, Le mouvement insurrectionnel dans la Presqu’île de Vaudreuil, 1837-1838, ajoute cependant une petite précision : à la suite d’une réunion tenue à Saint-Benoît chez le notaire Jean-Joseph Girouard, « vers les cinq heures du soir, on est encore à argumenter, lorsqu’un nommé McKercher, espion à la solde des loyalistes de Saint-André-d’Argenteuil, est pincé par une patrouille patriote et conduit à la maison Girouard ». Semble-t-il que la capture d’un espion constitutionnel augmente la crainte des patriotes de Saint-Benoît à l’égard des gens de l’ouest du comté, de la seigneurie d’Argenteuil, mais aussi du Haut-Canada, de Glengarry.

Référence :

BAnQ, « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, M-165-2, no 824, examen volontaire de Jean-Baptiste Dumouchel, 3 février 1838.

BAnQ, « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, M-165-2, no 831, examen volontaire de Jean-Baptiste Richer, 15 février 1838.

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