Les Trois Glorieuses en France

Le XIXe siècle est, pour la majorité des historiens, le siècle de l’éveil des nationalités. De plus en plus éduqués, les peuples prennent graduellement conscience de leur existence. Le Bas-Canada n’est pas étranger à cette situation et ses rébellions de 1837-1838 s’inscrivent dans ce courant. Parallèlement, la Belgique se sépare des Pays-Bas en août 1830 tandis que la Grèce a déjà acquis officiellement son indépendance le 3 février 1830. On dénombre aussi d’innombrables révolutions : notamment à Varsovie en Pologne à l’automne de 1830, en Irlande tout au cours des années 1830 par l’initiative de Daniel O’Connell, au Texas en 1836 et dans plusieurs pays d’Amérique du Sud.

Les Trois Glorieuses font référence à trois journées – les 27, 28 et 29 juillet 1830 – marquées par une révolution en France. Ayant une mainmise extraordinaire sur l’ensemble de l’appareil politique français, le roi Charles X tente de suspendre le régime constitutionnel par le biais de quatre ordonnances (26 juillet 1830). Le peuple se soulève et c’est la chute des Bourbons. L’avènement de Louis-Philippe d’Orléans, candidat de la bourgeoisie libérale, n’y change rien ; la république n’est rétablie que le 24 février 1848, alors que Louis-Philippe d’Orléans abdique en faveur de son petit-fils.

La nouvelle de la révolution de juillet 1830 nous arrive au Bas-Canada par le biais de La Minerve du mercredi 8 septembre 1830 (elle-même tirée de la Montreal Gazette et du Journal of Commerce de New York). Mais déjà quelques semaines plus tôt, les quotidiens « avaient annoncé la dissolution de la Chambre et la tenue d’élections prochaines en France ». Dès janvier 1830, le Vindicator annonçait les événements à venir : la France « sera bientôt le théâtre d’une deuxième révolution ». Les journaux publient plusieurs textes qui frappent littéralement l’imaginaire collectif tels des interventions publiques de Chateaubriand et de Lamartine, et le poème À la jeune France de Victor Hugo.

Ces trois journées glorieuses marqueront profondément les penseurs et intellectuels patriotes dans leur lutte contre le pouvoir établi. Amédée Papineau, fils du célèbre chef et membre de l’Association des Fils de la Liberté, évoque les événements de 1830 dans ses Souvenirs, alors étudiant au Collège des Sulpiciens de Montréal. Il affirme entre autre que les Mondelet, La Fontaine et Rodier « se pavoisaient alors dans les rues de Montréal avec des rubans tricolores à leur boutonnière ». Lui-même entonnait en classe les couplets de La Marseillaise et de La Parisienne afin de taquiner ses professeurs qui regrettaient la chute des Bourbons.

Pendant que Le Populaire dénonce les Trois Glorieuses sur lesquelles Louis-Joseph Papineau prendrait exemple, La Minerve écrit dans ses pages du 18 novembre 1830 que les Trois Glorieuses « [seront regardées] comme caractéristique, dans l’histoire des empires, et surtout dans l’histoire de l’homme, de l’homme considéré dans la société, et regardé non comme un esclave soumis au caprice de quelques individus couronnés, mais comme un être raisonnable, doué d’intelligence, capable de perfectionnement, et dévoré du besoin impérieux de liberté. […] Les gouvernements appelés constitutionnels sont donc des gouvernements de faits bien plus que des principes et des théories. […] mais la république n’est pas populaire en France, ce nom rappelle encore les souvenirs de terreur de 1793. On préférera encore longtemps sans doute la monarchie mitigée, parce qu’elle est dans les moeurs, parce qu’elle est l’anneau final d’une chaîne, à laquelle se rattachent toutes les autres institutions, qu’il faudrait autrement renouveler en entier ; parce qu’enfin elle offre plus de garanties que la république pour la sûreté extérieure et les relations pacifiques avec les autres états de l’Europe ».

Référence :

LAMONDE, Yvan, Histoire sociale des idées au Québec (1760-1896). Volume 1, Montréal, Fides, 2000, 572 p.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *