L’assemblée patriote du 11 avril 1836

 

Les années 1835 et 1836 sont plutôt tranquilles au niveau politique, du moins si on les compare à l’année 1834 (adoption des 92 Résolutions et l’élection générale) et 1837. Pour cause, ces deux années sont des années « d’attente » pour le mouvement patriote. En effet, durant cette période, les tenants de la cause réformiste attendent impatiemment la réponse de Londres au sujet de ses 92 Résolutions adoptées par la Chambre d’assemblée du Bas-Canada en février 1834 et ensuite envoyées directement en Angleterre afin qu’elles soient débattues à la Chambre des communes britanniques.

 

Le comté des Deux-Montagnes n’y fait d’ailleurs pas exception. Une seule assemblée patriote est à souligner en 1836 ; celle du 11 avril 1836 tenue à Saint-Benoît qui est, malgré tout, d’une importance capitale dans l’agenda politique des patriotes du comté des Deux-Montagnes. Revoyons les faits chronologiques.

 

            Une invitation est d’abord publiée « dans les deux langues » dans les différentes gazettes réformistes de l’époque, pensons dès lors à La Minerve, au Canadien, au Vindicator et d’autres. En date du 18 mars 1836, les principaux leaders patriotes du comté invitent les citoyens de la région à se réunir « afin de prendre en considération les agissements oppressifs et tyranniques du gouvernement britannique » à l’égard de ses colonies canadiennes. Parmi les signataires de cette invitation, qui sont au nombre de 45, on retrouve notamment plusieurs chefs de la rébellion de 1837 dont Jacob Barcelo, Jean-Joseph Girouard, Félix-Hyacinthe Lemaire dit Saint-Germain, les frères Luc-Hyacinthe et Damien Masson, Jean-Baptiste Dumouchel, Louis Coursolles, Joseph Robillard (père), Émery Féré, Jean-Baptiste Bélanger et Pierre Danis.

            Tel que mentionné dans cette invitation, le rassemblement, qui réunit les francs tenanciers du comté des Deux-Montagnes, se tient à midi sur la place publique du village de Saint-Benoît, le lundi 11 avril 1836. Le président, qui se charge du bon déroulement de l’événement, est nul autre que le colonel et notaire Ignace Raizenne qui est élu à l’unanimité par l’assistance. Les jeunes docteurs Jean-Oliviers Chénier et Luc-Hyacinthe Masson se voient confier la charge de secrétaire. L’assemblée patriote de Saint-Benoît adopte ensuite 12 résolutions. 

 

L’assemblée patriote de Saint-Benoît adopte 12 résolutions qui se résument ainsi. On réitère d’abord l’importance d’obtenir l’électivité des membres du Conseil législatif et un gouvernement responsable afin de garantir à la Chambre d’assemblé « le contrôle de tout le revenu public » et la « responsabilité de tous les fonctionnaires publics envers la même branche de la législature.

On déplore ensuite le fait que « la province laissée sans protection à la merci d’un petit nombre d’individus composant tout le gouvernement, à l’exception de la branche populaire ». On dénonce aussi l’inaction du gouvernement anglais « à faire disparaître les maux croissants qui affligent le peuple à son bien-être et à sa prospérité ».

La troisième motion se veut en parfait désaccord avec la création de la Commission Grey-Gibbs formée en Angleterre afin de s’enquérir des maux qui sévissent au Bas-Canada et qui sont traduits dans les 92 Résolutions. L’assemblée accorde son appui inconditionnel à la Chambre d’assemblée. En parlant de l’attente de la réponse aux 92 Résolutions du parti patriote, elle avance que « si le peuple était encore déçue dans cette occasion, nous n’aurions d’espoir que dans la fermeté et la constance des habitants de cette province, de toute origine, dans cet esprit d’ordre et de persévérance qui ayant résisté à une longue série de violences et d’oppressions, saura à la longue faire triompher des principes qui sont d’un intérêt vital et commun pour toutes les colonies britanniques de l’Amérique du Nord ».

On dénonce aussi plus loin l’intransigeance du Conseil législatif en qualifiant la majorité de ses membres de malfaisants. La sixième résolution porte son attention sur la formation en décembre 1835 du British Rifles Corps, créé « afin de protéger les intérêts de la population d’origine britannique ». On déplore en ce sens l’escalade militaire auquel se livre les constitutionnels.

La neuvième motion est intéressante du fait qu’on compare l’actuelle administration coloniale à celles des gouverneurs Craig, Dalhousie et Aylmer. Elle affirme que dans l’éventualité où le gouverneur « violerait la constitution et les droits les plus sacrés et les mieux assurés du peuple, en prenant à même les deniers publics de cette province des sommes destinées à maintenir un gouvernement corrompu », celle-ci n’aurait désormais plus la confiance de l’Assemblée, « et qu’alors il sera du devoir du peuple du pays d’adopter les mesures qui lui paraîtront les plus propres à faire respecter ses droits inhérents de sujets britanniques et à assurer la permanence de ses libertés envahies, et de ses institutions menacées ». La dixième résolution promouvoit quant à elle la création « de manufactures nationales destinées à pourvoir aux besoins du peuple ».

 

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