Jacques Cabana

Jacques Cabana est sûrement un des plus importants propriétaires terriens dans la paroisse de Saint-Eustache à l’époque des troubles de 1837. Il naît, on croit, vers 1763, mais l’endroit nous est toujours inconnu pour l’instant. Il est le fils de Jacques Cabana et de Catherine Gauthier, originaires de la paroisse de Saint-Laurent. Il épouse Marie-Louise-Amable Rouleau, âgée de 18 ans, à Saint-Eustache le 24 octobre 1796. Celle-ci est la fille de Louis Rouleau et de Louise-Amable Harleau. Jacques Cabana est le père de Benjamin et de François (-Isidore) Cabana, tous deux fortement impliqué dans la mobilisation patriote en 1837, respectivement âgés de 23 et 33 ans (en 1837).

Le Terrier de la seigneurie de la Rivière du Chêne de 1800 nous apprend qu’il demeure sur la Rivière Sud (côte sud de la petite rivière du Chêne) à Saint-Eustache. Les recensements de 1825 et 1831 nous confirment d’ailleurs la chose. Cultivateur prospère, il est propriétaire d’une terre de 150 arpents dont 68 sont en culture. Au niveau économique, il possède alors 104 minots de blé, 26 minots de pois, 57 minots d’avoine, 25 minots d’orge, 22 minots de seigle, 120 minots de pommes de terre et de 19 minots de sarrazin. Il serait enfin propriétaire de 13 bovins, 4 chevaux, 14 moutons et 5 porcs. En outre, nous savons que Jacques Cabana est aussi impliqué en tant que marguillier au sein de la fabrique de Saint-Eustache en 1820.

Au niveau politique, on pourrait comparer Jacques Cabana à tous ces autres patriarches de familles qui cautionnent et appuient les actes perpétrés par leurs fils dans le contexte de la prise des armes qui s’effectue à l’automne 1837 dans le comté des Deux-Montagnes. Pensons notamment à Joseph Robillard, Joseph Beauchamp, Jacques Dubeau et Jean-Baptiste Langlois dit Traversy. Comme la plupart de ces derniers, Cabana est rapidement initié à la mobilisation populaire qui caractérise Deux-Montagnes entre 1827 et 1837.

Ainsi, Jacques Cabana semble avoir assisté à la naissance du Comité permanent du comté des Deux-Montagnes à l’été 1837. Son nom, en tant que participant officiel, n’apparaît toutefois que sur le compte-rendu de la 3e séance du comité de comté qui se tient à Saint-Hermas le 16 juillet 1837, sous la présidence du capitaine Laurent Aubry dit Tècle, lors de laquelle on y fait la lecture de la proclamation du gouverneur Gosford en date du 15 juin interdisant les assemblées publiques. On y lit aussi l’ordre général de milice et une lettre d’Ignace Raizenne qui refuse de lire à ses miliciens ces derniers décrets.

Après sa participation aux rassemblements réformistes, Cabana est reconnu pour son allégeance patriote. En ce sens, il est jugé comme étant compromis dans la rébellion de 1837 par le curé Jacques Paquin, dans un recensement politique des paroissiens de Saint-Eustache réalisé en 1839. Il est aussi qualifié de rebelle par le docteur Charles Gordon O’Doherty qui réalise un inventaire semblable des habitants de Saint-Eustache en septembre 1839. Ayant dépassé l’âge de 60 ans au moment des troubles, son nom ne se retrouve pas dans les listes des capitaines de milice qui, eux aussi, recensent l’allégeance de leurs miliciens en 1837.

Dans un autre ordre d’idées, il existe quelques dépositions à l’encontre de Jacques Cabana en ce qui a trait à son implication personnelle, ou celle de ses fils, au sein du camp armé que l’on établit à Saint-Eustache quelques jours avant la bataille du 14 décembre 1837. Notamment, selon le témoignage de Marie-Clémence Gravelle (veuve d’Antoine Lanthier de Saint-Eustache), les deux fils de Jacques Cabana aurait pris possession de la résidence du maître de poste David Mitchell, vraisemblablement dans le but d’y loger quelques insurgés venus passer du temps au village.

Deux dépositions dénoncent cependant directement Jacques Cabana et ce, sensiblement pour la même inculpation. Le 29 novembre 1837, Cabana fait parti d’un groupe d’insurgés d’environ 50 à 60 hommes, sous le commandement de Joseph Grignon, qui devait perquisitionner les fermes des environs, particulièrement celles appartenant aux « loyaux sujets de sa majesté ». Ephraim Choquette, un cultivateur de Saint-Eustache, accuse d’ailleurs la bande de l’avoir menacer de mort après n’avoir point trouvé d’armes chez lui « quoi qu’il y en avait ». Le déposant affirme par ailleurs que ces gens participèrent le soir même à l’expédition sur la mission d’Oka afin d’y subtiliser quelques armes. Cependant, aucune autre déposition ne nous certifie la présence de Jacques Cabana lors de ce raid mené par les chefs Amury Girod et Jean-Olivier Chénier.

Le même jour, Eustache Cheval dit Saint-Jacques, un bureaucrate reconnu dans la région, est lui aussi visité par le groupe de Cabana. Les insurgés auraient fait irruptions chez le déposant afin d’y piller ses armes. Cheval les accuse de l’avoir menacer à la pointe du fusil de la constituer prisonnier. Plus tard le même jour, le groupe serait revenu chez Cheval afin de lui voler une vache « grasse ».

La présence de Jacques Cabana à ces actes de déprédation nous laisse perplexe. Un homme âgé de près de 75 ans aurait-il pu suivre un groupe de « jeunes radicaux » dans de tels événements? Probablement pas. Dans ce cas, il est donc fort probable que ces actions peuvent être attribuées à son fils du même nom.

Aucun document nous confirme la présence de Cabana à la bataille de Saint-Eustache le 14 décembre 1837, contrairement à ses fils, dont François qui s’est trouvé dans l’église aux côtés de Chénier. De plus, Jacques Cabana n’est pas non plus incarcéré avec ses fils à la suite de son implication dans le camp patriote. Benjamin et François Cabana sont emprisonnés à Montréal le 17 décembre 1837.

Enfin, on retrouve le nom de Jacques Cabana sur une pétition des paroissiens de Saint-Eustache afin d’empêcher le départ du curé Hyppolite Moreau en date du 23 novembre 1852. Il meurt à Saint-Eustache le 22 janvier 1856 à l’âge de 93 ans. Il est inhumé en ce lieu trois jours plus tard.

 

RÉFÉRENCES :

Archives de la Paroisse de Saint-Eustache. Registres des Délibérations du Conseil de l’œuvre et Fabrique, 1779-1900.

Archives de l’évêché de Saint-Jérôme. Pétition des paroissiens de Saint-Eustache pour empêcher le départ du curé Hyppolite Moreau, 23 novembre 1852.

Archives Nationales du Canada (A.N.C.), Feddocs, Lower Canada Rebellion looses claims 1837-1855, Project #19-2, RG 19, series E-5-B (R200-113-0-F), volume 5482, no. 190.

A.N.C., recensement de 1825, County of the Lake of Two-Mountains, St.Eustache Parish, bobine C-718.

A.N.C., recensement de 1831, County of the Lake of Two-Mountains, St.Eustache Parish, bobine C-723.

A.N.Q.M., « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, M-165-2, no. 745, déposition d’Étienne Bastaut contre Joseph Robillard, Augustin Laurent, Jean-Baptiste Poirier, Jean-Baptiste Bélanger et Langlois dit Traversy fils et plusieurs autres, 30 décembre 1837.

A.N.Q.M., « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, M-165-2, no. 752, déposition de Marie-Clémence Gravelle contre Joseph Robillard et plusieurs autres, 28 décembre 1837.

A.N.Q.M., « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, M-165-2, no. 761, déposition d’Eustache Cheval contre plusieurs personnes dont Jacques Cabana, 1er décembre 1837.

A.N.Q.M., « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, M-165-2, no. 762, déposition d’Ephraim Choquette, 1er décembre 1837.

A.N.Q.M., greffe du notaire Pierre-Rémy Gagnier, minute 1901, contrat de mariage entre Jacques Cabana et Marie-Louise-Amable Rouleau, 23 octobre 1796.

A.N.Q.M., greffe du notaire Joseph-Amable Berthelot, minute 1634, contrat de mariage entre Jacques Cabana et Catherine Simon, 24 juillet 1819.

GIROUX, André et Claude Chapdelaine. Histoire du territoire de la municipalité régionale de comté de Deux-Montagnes. MRC de Deux-Montagnes. 38 pages.

GRIGNON, Claude-Henri et André Giroux. Fête du 150e anniversaire des Patriotes. Le vécu à Saint-Eustache de 1683 à 1972. Éditions Corporation des fêtes de Saint-Eustache 1987, 2e trimestre 1987.

111 pages.

La Minerve, 20 juillet 1837.

LAURIN, Clément, « Marguilliers de la paroisse de Saint-Eustache Martyrs », Cahiers d’histoire de Deux-Montagnes, Hors série, automne 1978, pages 86-88.

PAQUIN, Jacques. « Tableau politique », La Revue des Deux-Montagnes, annoté par Claude-Henri Grignon, numéro 5, octobre 1996, pages 43-65.

Répertoire des Actes de baptêmes, mariages et sépultures (R.A.B.), P.R.D.H.

Terrier de la seigneurie de la Rivière du Chêne, 1800, folio 115.

The Vindicator, 25 juillet 1837.

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