Tristes cas de viols durant les rébellions

 

Il y a de ces histoires tristes et malheureuses qui sont beaucoup plus délicates à aborder pour l’historien que nous sommes. Dans le contexte des rébellions de 1837-1838, d’innombrables cas de pillages, d’incendies et de violence ont été à maintes reprises recensés. Combien de fois avons-nous lu de ces histoires de familles littéralement jetées à la rue à la suite du passage des troupes régulières et volontaires.

Mais que se cache-t-il derrière ces infamies ? Nous avons tenté de percer l’une des questions les plus épineuses soulevée dans le cadre des troubles de 1837-1838, à savoir : Existe-t-il des cas de viol perpétré durant le soulèvement de 1837-1838 ? Il semble bel et bien que oui, malheureusement.

Après lecture faite de la correspondance de Louis Perrault (1807-1866), imprimeur du journal patriote The Vindicator, rassemblée dans l’ouvrage Lettres d’un patriote réfugié au Vermont, il appert que la répression et les viols survenus à Beauharnois, Sainte-Martine et Châteauguay, sur la rive sud de Montréal, demeure particulièrement monstrueux. Afin de dresser un portrait juste et réaliste de ces tristes actes de barbarie, nous avons colligé quelques-uns des principaux extraits relatant ces histoires.

C’est donc en date du 19 février 1839 que Louis Perrault écrit à Louis-Joseph Papineau, alors aussi en exil aux États-Unis, afin de lui exposer le résultat des pertes subis par les habitants sud de Montréal. Dans cette lettre, il transcrit les propos du Dr Luc-Hyacinthe Masson, de retour d’exil au Bermudes, ex-habitant de Saint-Benoît (comté des Deux-Montagnes).

Masson dénonce alors les actes abominables perpétrés par le Dr Henry Mount, juge de paix dans la région de Beauharnois à la tête de volontaires loyalistes, qui ordonnait, plus qu’à son tour, aux femmes et enfants de sortir de leur maison et ce, afin de « montrer la grandeur et la puissance du gouvernement anglais[1] ». Voici donc quelques extraits révélateurs :

 

D’autres eurent plus de bonheur, car, dans certaine maison où il trouvait des jeunes femmes et des jeunes filles, il leur ordonnait immédiatement de venir l’embrasser étroitement. Car, sans cela, il avait ordre d’incendier. Il fallait bien se soumettre, et ces jeunes personnes allaient à contrecoeur régaler d’un baiser sa bouche qui crachait l’odeur des boissons, qu’il se faisait servir dans presque chaque maison ou il entrait[2].

 

À Sainte-Martine, douze volontaires entrèrent dans la maison d’un nommé J. où s’étaient réfugiés, se croyant en sûreté contre les brigandages de ces monstres, outre le nommé J., sa femme et sa jeune fille âgée de 12 ans, un nommé L., sa femme et trois de ses filles, toutes grandes, ainsi que la femme de J. N. Aussitôt dans la maison, quelques-uns d’eux saisirent les deux hommes, les mirent dans un coin de la maison, les y tinrent au bout des baïonnettes, pendant que les autres, ne connaissant aucune borne à leurs passions brutales, violèrent la femme de J. N., la femme de L. et la jeune fille de J. La femme de L., avant d’être violée, craignant pour ses trois filles et afin de leur donner le temps de s’évader, se jeta à genoux et, les larmes aux yeux, les supplia d’épargner l’honneur de ses filles, s’offrant plutôt pour victime de leur scélératesse. Durant ce temps, ses trois filles eurent le temps de sortir et de gagner le bois. Après avoir, les uns après les autres, essayé plusieurs fois inutilement de jouir de la jeune fille de J., qui baignait dans son sang, ces monstres d’enfer, voyant que cette jeune fille était trop jeune, se contentèrent de retrousser ses hardes par-dessus sa tête et, dans cet état de nudité, la promenèrent dans l’appartement, pendant que les autres se rassasiaient par des actes indignes et infâmes sur les deux femmes sans défense et à demi-mortes de peur et de douleurs[3].

 

Des volontaires, au nombre de dix, dans la maison d’un nommé Jean-Baptiste Rousseau, à Sainte-Martine, violèrent sa femme, seule et sans défense. Cette pauvre femme était enceinte de huit mois : elle fut blessée et expira sur-le-champ pendant même que ces démons la violaient. Il y a des preuves irrécusables de cette atrocité et meurtre[4].

 

À Beauharnois, quatre volontaires entrèrent dans la maison d’un nommé A. H. et, après avoir lié le mari et le beau-frère, et les menacer de les tuer, s’ils bougeaient, tous les quatre violèrent la jeune femme de la maison, fille du capitaine R[obert], aujourd’hui dans la prison de Montréal. À la suite de cet acte criminel, ils pillèrent tout ce qu’ils trouvèrent dans la maison, délièrent les deux hommes et les chassèrent, ainsi que la pauvre jeune femme, presque étouffée de douleurs et de peines[5].

 

Outre ces viols, il en a été commis un bien plus grand nombre, que je détaillerai plus tard[6].

 

Louis Perrault affirme par ailleurs que Joseph-Léandre Prévost, notaire de Terrebonne, après s’être caché près de trois mois non loin de Berthier, rejoint Perrault aux États-Unis et lui relate les gestes disgracieux commis dans la paroisse de Contrecoeur. À cet endroit, « les femmes et les filles surtout ont été les victimes des passions de ces vils soldats » de dire Prévost[7].

En réalité, peu de témoignages nous relatent ce type d’histoires. Les dépositions et divers examens volontaires sont tout aussi muets à ce sujet. Il se trouve néanmoins Amédée Papineau, dans son Journal d’un Fils de la Liberté, en date du 23 novembre 1838, qui cite une lettre du Dr Joseph-François Davignon en provenance de Rouses Point le 18 novembre 1838. Ce dernier confirme la présence à Saint-Athanase, vers le 7 novembre 1838, de « deux femmes liées et violées par des  ‘’Montagnards de Glengarry’’ (sans-culottes)[8] ». Il est tout à fait juste d’affirmer que les volontaires de Glengarry, comté d’Ontario limitrophe du Québec, ont été la cause de bons nombres d’actes de déprédations principalement lors de la seconde insurrection.



[1] Louis PERRAULT, Lettres d’un patriote réfugié au Vermont, Montréal, Édition du Méridien, coll. « Mémoire québécoise », textes présentés et annotés par Georges Aubin, 1999, p. 164.

[2] Ibidem.

[3] Ibid., p. 165-166.

[4] Ibid., p. 166.

[5] Ibid., p. 166-167.

[6] Ibid., p. 167.

[7] Ibid., p. 169.

[8] Amédée PAPINEAU, Journal d’un Fils de la Liberté 1838-1855, Sillery, Septentrion, texte établi avec introduction et notes par Georges Aubin, 1998, 957 p.

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