Ambroise Brion dit Lapierre

 

Ambroise Brion dit Lapierre naît au Sault-au-Récollet, dans le nord de l’île de Montréal, le 18 novembre 1794. Il est le deuxième enfant de Jean-Baptiste Brignon, un cultivateur de l’endroit, et d’Élizabeth Plessis-Bélair (Duplessis). Il est baptisé en ce même lieu le lendemain 19 novembre 1794.

            Ambroise Brion, jeune cultivateur de 22 ans, épouse Judith Dagenais au Sault-au-Récollet le 26 février 1816. Elle est la fille de Basile Dagenais et de Marie-Anne Lorrain. Le couple a 14 enfants dont 6 se rendent à l’âge adulte.

            Le 17 mai 1831, alors cultivateur sur la côte Saint-Michel au Sault-au-Récollet, Brion achète de Louis-Thomas Trudelle et son épouse une maison de bois et une étable situées sur une terre de 3 arpents de front par 20 arpents de profondeur par devant au lac des Deux-Montagnes, sur la côte du Lac à Saint-Eustache au prix de 1 200 £.

            Donc, Ambroise Brion arrive vraisemblablement à Saint-Eustache vers la fin de 1831 ; lors du recensement de la même année, on le retrouve au Sault-au-Récollet et non à Saint-Eustache. D’ailleurs, selon le tableau politique du curé Paquin, nous savons que Brion réside toujours sur la côte du Lac au moment des troubles de 1837.

            Brion semble très impliqué dans la mobilisation armée qui s’opère dans le comté des Deux-Montagnes quelques semaines avant la bataille du 14 décembre 1837 à Saint-Eustache. Malgré tout, on ne peut le considérer comme un important leader patriote puisqu’il ne semble participer à aucune assemblée populaire entre 1834-1837.

            Comme plusieurs autres résidents du village de Saint-Eustache, Ambroise Brion est jugé « compromis » dans les événements de 1837 par le curé de sa paroisse, en l’occurrence messire Jacques Paquin, en septembre 1839. Dans la même veine, selon une source inédites en provenance d’Ottawa, Brion est aussi qualifié de « compromis dans la rébellion » en tant que milicien du 1er bataillon du comté du Lac des Deux-Montagnes en 1837, alors dirigé par le capitaine Jean-Baptiste Paquin. Réalisée le 11 septembre 1839, cette liste nous révèle qu’au sein même du bataillon, le capitaine Paquin y dénombre 78 rebelles (dont Brion) et 68 loyaux. Enfin, il est dénoncé comme étant un patriote dans une liste des habitants de la paroisse de Saint-Eustache réalisée par le docteur Charles O’Doherty le 12 septembre 1839.

            Dans une déposition réalisée par le menuisier Gilbert Spénard de Saint-Eustache le 4 décembre 1837, ce dernier accuse entre autre Brion d’avoir participé à l’expédition sur la Mission d’Oka au matin du 30 novembre 1837. En effet, à la suite de l’établissement du camp armé au village de Saint-Eustache vers la mi-novembre 1837, on doit approvisionner ses occupants en armes. On organise ainsi des levées d’armes en ratissant les rangs afin de perquisitionner (piller) les animaux et les armes de leurs adversaires.

            Un groupe sous les ordres d’Amury Girod et de Jean-Olivier Chénier quitte Saint-Eustache au soir du 29 novembre 1837. Brion est du nombre. Une fois arrivée à Oka, le groupe cerne d’abord le magasin de la Baie-d’Hudson tenu par l’agent McTavish qui leur remet les clés. On y prend environ 8 fusils, 2 livres de poudres et 1 200 livres de plomb. Bref, un maigre butin. La troupe se rend ensuite au presbytère du curé Nicolas Dufresne, supérieur de la Mission d’Oka. Au séminaire, on y prend un canon que l’on amène à Saint-Benoît. C’est par la suite que le général Girod parlemente avec les chefs autochtones qui demeurent toutefois neutre dans le conflit.

            Le 31 janvier 1838, Brion fait un examen volontaire dans lequel il affirme avoir été forcé de se rendre au camp de Saint-Eustache sur le commandement de Christophe Guitard le 11 décembre 1837. Il y serait demeuré jusqu’au jour fatidique de la bataille. Il affirme aussi être allé avec le dit Guitard, un certain Lassiserais, et une dizaine d’autres insurgés chez des Anglais de Saint-Benoît y faire une levée d’animaux. Il avoue avoir pris 2 cochons chez John McColl, une vache et 50 minots de pommes de terre chez Robert Walker et 6 minots de blés et de pois chez Alexander McColl. Le 13 décembre suivant, toujours les ordres de Guitard, il se rend avec une douzaine d’hommes à l’île Bizard y faire une autre levée d’armes. Au nombre de 16, les fusils sont réquisitionnés sont aussitôt apportés au camp.

            Le 14 décembre 1837, jour de l’affrontement, Ambroise Brion est présent au village, mais affirme « n’avoir point pris d’armes le jour du feu ». Dès le début du combat, Brion confirme s’être « sauvé par derrière le village ».

            Il est arrêté chez lui sur la côte du Lac le 16 décembre. Incarcéré momentanément à Saint-Eustache dans le hangar de pierres d’Émery Féré situé sur la Grand-rue, Brion est ensuite transféré avec une centaine d’autres prisonniers à la prison du Pied-du-Courant à Montréal. Il est écroué du 20 décembre 1837 au 9 juillet 1838 pour haute trahison. C’est donc une fois incarcéré à la nouvelle prison de Montréal que Brion fait son examen volontaire (31 janvier 1838) devant le juge de paix Benjamin Hart dans lequel il dénonce les commandants des forces eustachoises lors des troubles, à savoir Girod, Chénier et les capitaines Jean-Baptiste Bélanger, Joseph Guitard, Isaïe Foisy et Joseph Cardinal.

            Avec l’amnistie proclamée par lord Durham, Brion est libéré le 9 juillet 1838 moyennant une caution de 1 000 £. Il ne semble pas avoir subis de dommages à ses propriétés puisqu’il ne réclame aucun montant en argent à la Commission des Pertes.

            De retour à Saint-Eustache à la suite de son emprisonnement, Ambroise Brion, alors âgé de 45 ans, est arrêté de nouveau, mais cette fois par la police rurale de Saint-Eustache dirigée par le notaire Frédéric-Eugène Globensky, d’abord à Saint-Eustache en octobre 1839 pour avoir bu et troublé la paix publique et enfin, en janvier 1840, pour s’être battu avec un anglophone nommé John Robert Lhydow âgé de 51 ans. Il doit verser respectivement des amendes de 12 et 40 £pour ces infractions. Le document de 1839 nous révèle par ailleurs que Brion mesure 5 pieds et 6 pouces, a la peau brune, les yeux noirs ou bleus et les cheveux gris.

            Selon le recensement de 1842 à Saint-Eustache, Ambroise Brion est toujours cultivateur et est propriétaire d’une terre de 60 arpents dont 38 sont cultivés. Il possède alors 7 bêtes à cornes et 6 chevaux. Le document mentionne par contre que la famille est absente de la province au moment du recensement. Nous ne savons à quel endroit la famille Brion dit Lapierre se trouve à ce moment.

            Le 15 octobre 1845, Ambroise Brion acquiert d’Édouard Janvry dit Bélair les ruines d’une maison de pierre de deux étages située sur la rue Royale (actuelle rue Saint-Louis) pour la somme de 400 £. Cette résidence est incendiée par l’armée britannique et les volontaires loyalistes de Colborne lors de la bataille des patriotes de Saint-Eustache le 14 décembre 1837.

            Toutefois, Brion ne peut habiter immédiatement cette maison. Le 25 mai 1846, il signe donc un marché de construction avec Ulric Robillard, maçon de Saint-Eustache, aussi incarcéré le même jour que Brion à Montréal (mais libéré beaucoup plus tôt). Plus précisément, le contrat stipule que Robillard doit démolir ce qui reste des murs du second étage et ainsi reconstruire la maison dans les murs du rez-de-chaussée toujours existants.

            De style breton, la maison d’Ambroise Brion se caractérise par son toit à double versant encastré entre deux murs latéraux. Cette magnifique (et petite) résidence existe toujours aujourd’hui et porte le nom de son propriétaire : « La maison Brion ».

            Brion et sa famille ne semble pas habiter sa nouvelle demeure très longtemps. En effet, alors résidant de Bytown (Ottawa), il revend cette maison le 27 décembre 1851 à Jean-Baptiste Proulx dit Clément, un important marchand de Saint-Eustache, aussi impliqué dans la mobilisation politique de 1837 au sein des volontaires loyalistes du capitaine Maximilien Globensky.

            Par la suite, soit à partir de 1851, nous perdons littéralement la trace d’Ambroise Brion dit Lapierre. Le recensement de la même année nous révèle son absence de Saint-Eustache tandis que celui d’Ottawa aurait été en partie détruit dans un incendie. Nous pouvons néanmoins avancer l’hypothèse que Brion termine vraisemblablement ses jours dans la future capitale nationale.

 

RÉFÉRENCES

Archives Nationales du Canada (A.N.C.), Feddocs, Lower Canada Rebellion looses claims 1837-1855, Project #19-2, RG 19, series E-5-B (R200-113-0-F), volume 5482, no. 190.

A.N.C., Collection nationale des Cartes et Plans, H3/340, Saint-Eustache (1837), NMC-6260.

A.N.C., recensement de 1825, County of the Lake of Two-Mountains, St.Eustache Parish, bobine C-718.

A.N.C., recensement de 1825, Montréal, paroisse du Sault-au-Récollet, C-718.

A.N.C., recensement de 1831, County of the Lake of Two-Mountains, St.Eustache Parish, bobine C-723.

A.N.C., recensement de 1842, County of the Lake of Two-Mountains, St.Eustache Parish, bobine C-728.

A.N.Q.M., « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, M-165-2, no. 705, examen volontaire d’André Leclaire, 30 janvier 1838.

A.N.Q.M., « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, M-165-2, no. 732, examen volontaire de Jacques Claude, 30 janvier 1838.

A.N.Q.M., « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, M-165-2, no. 736, examen volontaire de François Bertrand, 31 janvier 1838.

A.N.Q.M., « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, M-165-2,  no. 767, déposition de Gilbert Spénard contre plusieurs personnes notamment Amury Girod, William Henry Scott, Jean-Olivier Chénier, Hercule Dumouchel, Ambroise Lapierre, 4 décembre 1837.

A.N.Q.M., « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, M-165-5,  no. 3091, Registre de la prison de Montréal, liste des prisonniers politiques  de 1837 à 1840.

A.N.Q.M., « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, M-165-6, no. 3455, liste des arrestations au poste de police à Saint-Eustache, octobre 1839.

A.N.Q.M., « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, M-165-6, no. 3455a, liste des arrestations au poste de police à Saint-Eustache, janvier 1840.

A.N.Q.M., greffe du notaire Stephen Mackay, minute 1549, vente entre Louis-Thomas Trudelle et son épouse et Ambroise Brignon dit Lapierre, 17 mai 1831.

A.N.Q.M., greffe du notaire Stephen Mackay, minute 2727, bail entre William Henry Scott et Ambroise Brion dit Lapierre, 16 février 1844.

A.N.Q.M., greffe du notaire Joseph-Amable Berthelot, minute 3464, rente par Ambroise Brion dit Lapierre à Frédéric-Eugène Globensky, 24 mai 1845.

A.N.Q.M., greffe du notaire Jean-Baptiste Archambault, minute inconnue, vente d’Édouard Janvry dit Bélair à Ambroise Brion dit Lapierre, 15 octobre 1845, CN-605-4.

A.N.Q.M., greffe du notaire Stephen Mackay, minute 2897, marché de construction entre Ulric Robillard et Ambroise Brion dit Lapierre, 25 mai 1846.

A.N.Q.M., greffe du notaire Joseph-Isidore Savard, minute 31, obligation entre Ambroise Brion dit Lapierre et William Leclaire, 8 novembre 1850.

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