1837 : changement de vocation du château de Versailles

 

Voici un autre de nos articles portant sur les éphémérides de l’année 1837. Tout passionné d’histoire connaît le fameux château de Versailles en France. Celui-là même construit par Louis XIV, le roi Soleil, et dont les principaux travaux débutent en 1661. À la suite de la Révolution de 1830, on pouvait craindre l’abandon, voire même la destruction du château.

C’est le roi Louis-Philippe 1er d’Orléans (1773-1850), proclamé à la suite des Trois Glorieuses de 1830 par la Chambre des députés afin d’éviter un éventuel soulèvement républicain, qui changea définitivement le destin du bâtiment.

Cependant, la vocation muséographique du château de Versailles remonte probablement vers la fin de l’Ancien Régime. En réalité, le château est ouvert au public dès 1794 à peine quelques mois après les exécutions de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Il abrite alors le Musée d’Histoire naturelle ainsi que le Musée spécial de l’École française.

C’est toutefois sous le régime monarchique constitutionnel de Louis-Philippe que le château fut « sauvé » définitivement. Avec son avènement au trône en 1830, Louis-Philippe « souhaitait rassembler  toutes les sensibilités de l’opinion dans une grande entreprise nationale ».

Il transforma celui-ci, selon ses propres mots, en « musée dédié à toutes les gloires de la France ». En fait, entre 1833 et 1837, les travaux de réaménagement et de restauration sont exécutés via les deniers privés de Louis-Philippe, « non sans entraîner la destruction de certains décors intérieurs afin de pouvoir ranger par ordre chronologique ou thématique portraits et scènes historiques ». Des appartements complets sont ainsi réaménagés afin d’accueillir des centaines de portraits et de bustes de toutes sortes.

Prenons l’exemple de la galerie des Batailles. D’une longueur de 120 mètres, cette dernière est la plus vaste du château. On peut encore y observerl’histoire de la France « de la fondation de la monarchie française par Clovis jusqu’aux guerres de l’empereur Napoléon 1er, toutes les grandes batailles qui ont fait la France, se développent en un cycle de peintures monumentales ». Le roi commanda 3 000 tableaux réalisés par des contemporains dont Eugène Delacroix, mais aussi plusieurs anciens datant du Moyen Âge.

Louis-Philippe géra lui-même tout l’aspect muséographique du nouveau « musée de Versailles ». « Dans son désir de réconcilier tous les régimes, Louis-Philippe décida de ne pas privilégier aucune période de l’histoire de France. C’est ainsi qu’il consacra tout le rez-de-chaussée de l’aile du Midi à l’Empire, auquel il faut ajouter les salles du second étage, au-dessus de l’appartement de la Reine et de l’aile du Midi, le long de la voûte de la galerie des Batailles ». Plusieurs œuvres sont magnifiques et certaines sont beaucoup plus connues. Pensons notamment au portrait de Napoléon Bonaparte au pont d’Arcole le 17 novembre 1796, épée et drapeau à la main, réalisé par Gros. Celui de David illustrant le fameux sacre de Napoléon 1er le 2 décembre 1804 est tout aussi saisissant. Enfin, l’historique portrait de Louis XIV réalisé par Rigaud est aussi à souligner. D’après les auteurs Gervereau et Constans, « des tableaux aussi célèbres que Le Serment du Jeu de paume, par David, côtoient les vues des croisades ou l’épopée napoléonienne de la galerie des Batailles, et des œuvres plus surprenantes comme une peinture de la Commune par Devambez, ainsi qu’une fantastique galerie de portraits jalonnant les siècles. Réunissant Austerlitz et Waterloo, les explorations de Bougainville en Polynésie et les conquêtes coloniales en Afrique, ce musée est un creuset pour l’Histoire ».           

L’inauguration officielle du Musée de l’Histoire de France se déroule en grande pompe le 10 juin 1837 et ce, dans le cadre des festivités données pour le mariage du Prince Royal. Si l’on se fie au site Internet officiel du château de Versailles, on affirme que « les galeries historiques de Versailles constituent le plus grand musée d’Histoire du monde (18 000 m2), où les documents sont des chefs-d’œuvre ». On y parle donc allègrement des grandes victoires françaises… et non des défaites. Lors de cet événement, on présenta le Misanthrope de Molière. La représentation fut néanmoins froide et médiocre selon plusieurs contemporains.

Cette ouverture se fait sous l’œil critique de plusieurs intellectuels et artistes de l’époque. Sont notamment présents Alexandre Dumas, Victor Hugo, Alfred de Musset, Honoré de Balzac, Eugène Delacroix, Sainte-Beuve, Prosper Mérimée, Théophile Gautier, Arsène Houssaye, pour ne nommer que les plus connus. On critique entre autre le choix des tableaux qui semblent plus provenir d’un choix militaire qu’esthétique. D’après Stendhal, « Louis-Philippe aurait dû consulter les historiens modernes au lieu d’afficher ostensiblement les batailles et les gloires militaires. Flaubert s’emporte contre l’incohérence de l’accrochage, et la plupart des critiques y voient une peinture de qualité médiocre ». D’aucuns diront par contre que Louis-Philippe ne désirait nullement édifier un musée de chefs-d’œuvres, puisque le Louvre jouait déjà ce rôle, mais qu’il voulait « définir une vérité historique par le choix des sujets ou par leur traitement, et parfois selon le propre témoignage du roi des Français ».

Le musée est par la suite complété par Napoléon III à la mort de Louis-Philippe, mais est fermé au début du XXe siècle.

En terminant, pour les gens intéressés à en savoir plus sur le sujet, un ouvrage intéressant a été publié sous le titre Le Musée révélé : L’histoire de France au Château de Versailles  par Laurent Gervereau et Claire Constans (chez Robert Laffont, 2005).

 

RÉFÉRENCES 

GERVEREAU, Laurent et Claire Constans, Le Musée révélé : L’histoire de France au Château de Versailles, Éditions Robert Laffont, 2005.

Napoléon et Versailles – Dossier de presse, 25 janvier au 24 avril 2005, p. 20.

SAULE, Béatrix et Daniel Meyer (conservateurs en chef), Versailles. Visiter le château, les jardins, les Trianons. Mieux s’orienter grâce aux plans complets. Guide de visite (français), Éditions Art Lys, 2000.

Site Internet : www.wikipedia.org

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