On cherche à provoquer Papineau en duel

Dans l’ouvrage Le duel au Canada (1934) de Ægidius Fauteux, on relate plusieurs cas fort intéressants de duels impliquant d’importantes personnalités politiques de la première moitié du XIXe siècle. On peut notamment y lire que le chef patriote Louis-Joseph Papineau a déjà été provoqué en duel !
Quelques mois après l’adoption des fameuses 92 Résolutions en février 1834 par le Parti patriote, Papineau rédige un texte qu’il fait publier dans La Minerve et dans lequel il dénonce les agissements du Dr William Robertson l’accusant d’avoir outrageusement abusé de ses pouvoir de juge de paix le 21 mai 1832, lors de l’élection du Quartier-Ouest à Montréal, et lors laquelle ce dernier aurait ordonné aux troupes de faire feu sur la foule.
Il faut savoir qu’à cette époque, le Dr Robertson est l’un des médecins les plus en vue du Bas-Canada. Véritable pilier de l’Hôpital général de Montréal, il est aussi l’un des principaux instigateurs de la faculté de médecine de l’Université McGill en 1829. Il est aussi chirurgien au sein du troisième bataillon des Loyal Montreal Volunteers et largement reconnu pour être un ardent bureaucrate, participant par le fait même à plusieurs assemblées constitutionnelles entre 1834 et 1837.
Insulté des propos du président de la Chambre d’assemblée du Bas-Canada, Robertson mandate son ami, le militaire Sydney Bellingham, d’aller porter un cartel à son auteur. En deux mots, un « cartel » signifie qu’il le provoque tout simplement en duel aux pistolets. Le 6 décembre 1834, Bellingham, au nom de Robertson, se rend à la demeure de Papineau, rue Bonsecours à Montréal, afin de lui remettre l’« invitation ».
En réalité, Papineau n’a pas eu à réfléchir énormément ni à demander conseil sur la façon qu’il devait agir dans les circonstances. Il refuse ipso facto l’invitation du docteur. Il lui reprochait non pas des actes privés, mais bien des actes publics. Dans La Minerve du 8 décembre 1834, il dit : « Qu’à [ses] yeux, loin d’être en droit d’être libre dans les rues de Montréal à provoquer en duel des citoyens irréprochables, la place du Dr Robertson devrait être, en attendant le verdict de vie ou de mort d’un petit juré, entre les quatre murs d’une prison. »
Papineau dû ensuite s’expliquer puisque les gens du Montreal Herald l’accusaient de « reculade ». En rappelant son rôle durant la sanglante élection de 1832, il écrit notamment : « Le Dr Robertson ne songe-t-il pas que parce que l’amour du meurtre a été dans son cœur, le meurtre et celui du 21 mai 1832 en particulier est en exécration dans les cœurs de 99% des habitants de la province, et que si, après sa conduite, il a le droit d’appeler en duel un seul de ceux qui la lui reprochent, il se montre prêt et disposé à exterminer 99% des habitants du pays par la même voie, si faire se peut. » Finalement, aucun duel n’eut lieu entre Papineau et le Robertson.

Références :
FAUTEUX, Ægidius, Le duel au Canada, Les éditions du Zodiaque, 1934.
La Minerve, 8 décembre 1834.
PAPINEAU, Louis-Joseph, Lettres à divers correspondants. Tome I : 1810-1845, Montréal, Les Éditions Varia, Collection « Documents et Biographies », Texte établi et annoté par Georges Aubin et Renée Blanchet, avec la collaboration de Marla Arbach, introduction par Yvan Lamonde, 2006, 589 p.

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