L’horticulture à l’époque des patriotes

C’est à la suite d’une conversation avec une collègue de travail que nous avons décidé d’élaborer sur le sujet de cette semaine. À vrai dire, cette personne nous remis un exemplaire de la revue Les idées de mon jardin (vol. 12, no 2) en disant qu’il y avait un article fort intéressant en lien avec l’histoire. Piqué de curiosité, je me suis aussitôt mis à feuilleter les pages de cette revue horticole. En pages 10 et 11, s’y trouve un article fort intéressant de Daniel Fortin, horticulteur, intitulé : « Comment concevoir un jardin historique. »

Dans ce court exposé instructif, l’auteur élabore simplement sur ce qui était cultivé à l’époque des rébellions de 1837-1838. À l’époque des patriotes, la grande majorité des maisons voyait leur parterre décoré de nombreuses variétés de plantes et de fleurs. Thomas Anburey, auteur de Travels through the Interior Parts of America (1789), atteste de l’intérêt des plantes ornementales au sein du Canada français : « Le goût des fleurs parmi toutes les classes la société canadienne-française est presque généralisé. […] Chaque demeure possède un massif fleural sur le parterre avant ou dans l’enceinte du potager […] règle générale muguet, lilas, roses, géraniums, hémérocalles fauves, gueules-de-lion, quatre-saisons, vieux-garçons, queue de rat, pavot, pensées, pivoines et résédas s’ouvrent, s’épanouissent et se fanent dans le jardin. »

À l’aube des troubles politiques qui secouent le Bas-Canada dans les années 1830, on voit la naissance du Jardin Guilbault, « une des premières pépinières commerciales francophones ». Ce vaste commerce semble bien implanté en 1832 puisque ses propriétaires publient alors un premier catalogue qui comprend 828 variétés d’arbres, arbustes, plantes herbacées vivaces ou de serre. Cet impressionnant catalogue est connu sous le nom de : Catalogues des Arbres Fruitiers et d’Agrément, Plantes et Arbustes à Fleurs, Arbustes et Plantes de Serre, Racines et Plantes Bulbeuses, Arbres & Plants Américains & Indigènes, & etc., Graines Potagères et de Fleurs, & etc. & etc. cultivés et à vendre au Jardin Botanique de Guilbault, Coteau-Baron, rue Saint-Laurent, Montréal.

Son inventaire comprend entre autres une variété de « graines de fleurs de 50 sortes différentes ainsi qu’une liste de bulbes à floraison printanière, d’hyacinthes, de tulipes, de narcisses, de safran, de couronnes impériales, de lis & doubles, directement de Hollande ». Le tout, sans compter les 42 types de fines herbes ou d’herbes médicinales.

En 1834, l’inventaire est augmenté substantiellement. Pour cause, 2011 variétés de plantes y sont proposées. D’après Daniel Fortin, horticulteur et ethnobotaniste, « la liste des plantes indigènes offerte dans ce catalogue est assez importante et tend à mettre en évidence le recours à notre flore pour aménager des plates-bandes ». « Force est de reconnaître la très grande variété de végétaux offert par la maison S. Guilbault & Cie dans la première moitié du XIXe siècle. Cette firme apparaît comme un véritable précurseur dans le domaine de l’horticulture au Canada français », de dire M. Fortin.

C’est connu, le grand tribun qu’était Louis-Joseph Papineau, leader de la rébellion de 1837, était, surtout lorsqu’il résidait en permanence en son manoir de Montebello, un excellent jardinier/horticulteur. Avec Amédée, son fils aîné, il y établit un magnifique jardin. « Parmi ses fleurs favoriste, on trouvait les dahlias, les rosiers et les juliennes des dames (Hesperis matronalis). » À vrai dire, le chef patriote fut aussi aidé par son fils Lactance, botaniste. Ils aménagèrent des sentiers magnifiques, plusieurs plates-bandes, un potager, un vignoble et un salon de thé.

D’après le site de Parcs Canada, « en 2007, les travaux ont permis de mettre en valeur une plate-bande de 3000 pi² située entre les deux tours de la façade sud du manoir. Elle est composée de plus de 30 espèces de végétaux parmi lesquels on retrouve des fines herbes, des iris, des pivoines, sans oublier les rosiers, les dahlias, les lis et les vignes. Des arbres et des arbustes complètent l’aménagement ». La vaste correspondance de Papineau a beaucoup aidé à la reconstitution des jardins du Manoir. En ce sens, Chantal Prud’homme, auteur de l’article « Le Manoir Papineau : un paysage à comprendre » affirme : « Louis-Joseph Papineau souhaite créer en ce lieu qu’il nomme Montebello un jardin botanique canadien et exotique qui respecterait les règles du bon goût et surpasserait ce qui se voit au Canada, en égalant les plus beaux modèles. » Comme quoi le goût de l’horticulture n’est pas en soi un phénomène récent…

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