Le Rebelle : premier roman sur les patriotes

Il ne s’écoule que très peu de temps entre la fin des rébellions de 1837-1838 et la publication d’un premier roman ayant comme toile de fond ces événements.
Le Rebelle, une petite nouvelle de 38 pages, est publié une première fois dans un journal américain, le Courrier des États-Unis, en décembre 1841. L’auteur est un Français nommé Philippe-Régis-Denis de Keredern, baron de Trobriand (alias Régis de Trobriand). Né en 1816 d’un père soldat au sein de l’armée napoléonienne, Trobriand s’intéresse rapidement aux idéaux révolutionnaires, et fait de la littérature sa carrière. Jeune, il s’installe aux États-Unis où il devient l’éditeur du Courrier des États-Unis. À l’été 1841, il voyage au Bas-Canada. Il est alors frappé par la résistance que portent les Canadiens français à l’égard des Britanniques. De cette escapade lui sera inspiré le récit du Rebelle.
L’histoire met en scène Laurent de Hautegarde, un jeune patriote de Saint-Charles. Le récit est assez typique, mélangeant déchirements amoureux et politiques, sur un font de rébellion. Hautegarde est en amour avec Alice MacDaniel, fille d’un Irlandais bureaucrate de son village. L’action débute avec l’assemblée des Six Comtés tenue à Saint-Charles le 23 octobre 1837. Tout au long du récit, le jeune rebelle tente de conquérir le cœur de celle qui le supplie de ne pas participer à la rébellion. Un jour, Hautegarde fait parti d’un groupe d’insurgés qui tendent une embuscade afin de libérer deux patriotes de la région. C’est lors de cet affrontement que Hautegarde tue malencontreusement le frère de sa bien-aimée, Denis MacDaniel. Lorsque Alice apprend le décès de son frère, elle est aussitôt atteinte d’une attaque cérébrale qui la conduit au tombeau.
Il faut le dire, Le Rebelle est d’une piètre qualité littéraire. Selon David M. Hayne, auteur du Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, l’ouvrage de Trobriand est « […] un piètre exemple des excès du bas romantisme français. Mal conçu et mal combiné […] ». Pour être honnête, la seule chose qui rend intéressant Le Rebelle est le fait qu’il est le tout premier roman sur les rébellions de 1837-1838.
Fait intéressant : le libraire patriote Louis Perrault est condamné à six mois d’emprisonnement pour avoir vendu l’ouvrage en question. Il faut alors se remettre en contexte : les dernières pendaisons au Pied-du-Courant et la publication de Trobriand, il ne s’écoule que deux ans ! Les cicatrices sont donc encore très profondes…
Le Rebelle connaîtra quatre éditions, outre sa parution originale en 1841 : Aubin et Rowen le republiera l’année suivante, puis en 1860 dans Le littérateur canadien, dans Les Nouvelles Soirées canadiennes en 1882 et par Réédition-Québec en 1968.

Références
DE TROBRIAND, Le baron Régis. Le Rebelle : histoire canadienne, Montréal, Réédition-Québec, 1968, 38 pages.
HAYNE, David M. Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, sous la direction de Maurice Lemire, Montréal, Fides, 1980, tome 1.

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