La politique étrangère patriote

L’histoire insurrectionnelle n’est évidemment pas seulement caractérisée par d’innombrables batailles que nous connaissons. À la tête du mouvement patriote, on retrouve le Parti canadien (ou patriote). Au sein même du Parti, ou autour à tout le moins, gravitent des penseurs et des intellectuels qui tentent d’établir les assises de l’idéologie réformiste patriote outre frontière et outre mer.

Pensons d’abord aux colonies britanniques d’Amérique du Nord. Entre 1834 et 1837, le Haut-Canada (la péninsule ontarienne d’aujourd’hui) vit sensiblement le même bouillonnement politique que son voisin. Le député de Bellechasse et co-auteur de 92 Résolutions, Augustin-Norbert Morin, entretient une correspondance constante avec le réformiste modéré Robert Baldwin qui, plus tard, s’allia avec Louis-Hippolyte La Fontaine afin de former un ministère de 1842 à 1843 (le premier parti à représenter une alliance francophone et anglophone). Pour sa part, le leader Louis-Joseph Papineau écrit souvent à son acolyte du Haut-Canada, William Lyon Mackenzie, chef incontesté des Reformists haut-canadiens.

En Nouvelle-Écosse, les fondements libéraux sont l’affaire de Joseph Howe, chef réformiste qui obtiendra en 1847, avant le Haut et le Bas-Canada, la responsabilité ministérielle. Notons qu’en ce lieu, l’idéologie patriote a ses assises au sein de la classe ouvrière qui est importante dans les compagnies forestières et les chantiers navals. Enfin, dans une moindre mesure, mentionnons le leadership de William Carson à Terre-Neuve, un agitateur politique extraordinaire.

Aux États-Unis, ce sont les Louis-Joseph Papineau, Edmund Bailey O’Callaghan, député de Yamaska et rédacteur en chef du Vindicator, et Ludger Duvernay, à la tête de La Minerve, qui, durant le début de leur exil en 1838-1839, tentent d’obtenir des déclarations officielles des autorités américaines. Pensons en ce sens à la déclaration de neutralité proclamée par le président américain Martin Van Buren dès le 23 décembre 1837 et réitérée le 5 janvier 1838. Toutefois, quelques grandes personnalités de l’État de New York sont sympathiques aux patriotes : le gouverneur de l’État Marcy par exemple, le sénateur Beardley, procureur général de l’État, ainsi que le chancelier Walworth et le général des Dix se montrent fort aimables aux dires de l’historien Gérard Filteau. De plus, Papineau et O’Callaghan rencontrent à Washington le 10 décembre 1838, Bodisco, ministre russe aux États-Unis.

En ce qui a trait à la France, l’historien et intellectuel François-Xavier Garneau s’y rend bien avant les troubles en tant que secrétaire de Denis-Benjamin Viger dès 1834. Papineau, alors en exil à Paris afin de trouver alliances, support et financement, rencontre à plusieurs reprises l’auteur Robert-Félicité de Lamennais et ce, malgré l’incarcération de ce dernier en 1841.

La politique étrangère du Parti patriote se porte aussi en Angleterre. Les patriotes sentent qu’ils peuvent trouver des amis en la mère patrie. On rentre donc en contact avec les adversaires politiques de ceux gouvernent au Bas-Canada.

C’est l’historien Gilles Laporte, auteur de l’excellent ouvrage Patriotes et loyaux, qui, le premier, pense à la thèse des générations de patriotes envoyées en Angleterre. La première génération couvre les années 1800 à 1818 au moment où Elzéar Bédard incarne les balbutiements du mouvement réformiste canadien-français. Durant cette période, on dirige les revendications et pétitions vers les différents gouverneurs de la colonie britannique.

La seconde génération est caractérisée par les Papineau, O’Callaghan, Duvernay et Morin entre 1818 et 1830. Ils ont foi en l’Angleterre, croyant que celle-ci est toujours bienveillante envers ses colonies. Néanmoins, ils veulent faire savoir à la Grande-Bretagne que le Bas-Canada est mal administré par ses gouverneurs. On va donc y envoyer beaucoup d’émissaires et de représentants afin de créer de véritables ponts entre le peuple bas-canadien et les dirigeants britanniques, sans l’entremise des autorités coloniales. On constate toutefois que la mère patrie britannique ne connaît rien de ses colonies nord-américaines.

Pour sa part, Denis-Benjamin Viger marque la troisième génération des patriotes en Angleterre de 1830 à 1837. La foi en la Grande-Bretagne demeure inébranlable, mais demeure divisée. On s’appuie sur l’opposition radicale britannique même en les Philosophic Radicals (députés britanniques et irlandais radicaux). Ayant principalement à leurs têtes John Arthur Roebuck et Henry Samuel Chapman, les Radicals font connaître la cause patriote dans la Chambre basse. On cherche en quelque sorte à mettre le gouvernement dans l’embarras. C’est une « politique de sabotage ».

En 1838 e 1839, ce sont principalement les Robert Nelson, Robert Shore-Milnes-Bouchette et Cyrille Hector-Octave-Côté qui incarne la quatrième génération. Celle-ci a beaucoup moins de vision. On tourne le dos graduellement à l’Angleterre pour se rabattre sur l’appui américain. Ils parlent de « démarches transcendante vers l’indépendance nationale ». La lutte sociale prédomine et l’idée d’une république présidentielle à l’américaine prend de l’expansion.

La cinquième et dernier (1838 à 1849) est la plus modérée et est véritablement incarnée par Louis-Hippolyte La Fontaine. Cette dernière est issue d’une scission de la troisième et de la quatrième génération. Ce sont donc les gens de Québec comme La Fontaine, Joseph Cochon et Étienne Parent qui réussissent le parie politique du gouvernement responsable en 1848. Dans un manifeste qu’il rédige pour ses électeur du comté de Terrebonne, La Fontaine résume le processus politique : « il faut d’abord oublier l’édification d’un pays, obtenir la responsabilité ministérielle pour enfin bloquer l’assimilation canadienne-française engendrée par l’Acte d’Union de 1840.

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