Petite histoire d’une toile historique

Tout le monde connaît la fameuse et frappante représentation de l’assemblée des Six Comtés où l’on voit le chef patriote Louis-Joseph Papineau, bras en l’air, sur une estrade aux côtés d’autres orateurs, devant une immense foule arborant drapeaux et bannières tricolores, réunit à Saint-Charles le 23 octobre 1837.

Mais qui en est l’artiste? Dans quelle circonstance a-t-elle été créée? Enfin, comment est-elle parvenue jusqu’à nous aujourd’hui? Nous avons déniché la réponse à cette question dans le magnifique et incontournable ouvrage iconographique de Robert-Lionel Séguin, L’esprit révolutionnaire dans l’art québécois (Parti-Pris, 1972).

Soulignons d’emblée que c’est le peintre ontarien Charles Alexander Smith (originaire de Galt) qui « immortalise » l’événement, plusieurs années après sa tenue d’ailleurs. Nous devons cette oeuvre à un heureux concours de circonstances, comme le dit Séguin.

L’histoire débute en 1890 alors que le député du comté de Chambly, Raymond Préfontaine, se rend à Paris en France où il est reçu à dîner chez des amis. C’est lors de cet événement que le politicien rencontre le peintre pour la première fois. Au moment du dessert, Smith raconte aux convives une mésaventure dont il vient d’être victime. Ayant remporté une médaille lors d’une concours, le jury a, par mégarde, fait parvenir le prix convoité à un peintre américain du même nom.

C’est donc en guise de consolation que Préfontaine lui propose la réalisation d’une nouvelle oeuvre. L’artiste accepte volontier et propose au député de peindre une scène historique. On tombe d’accord sur la grande assemblée de Saint-Charles. Séguin affirme que « des costumes du temps, trouvés à Varennes, ainsi qu’une photographie de la prairie du docteur Duvert, où s’est déroulé le ralliement précipité, sont immédiatement envoyés au jeune peintre, qui se met au travail ». La toile est ainsi complétée à Paris en 1891.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là! De passage dans la ville lumière, le Premier ministre du Québec Honoré Mercier, voyant cette toile à peine quelques jours avant son expédition officielle, fait demander l’artiste aussitôt. « Tout en louant son talent, il lui suggère d’atténuer le ton des inscriptions peintes sur les bannières apportées à l’assemblée de Saint-Charles ». En soit, Mercier engage Smith à supprimer toute phrase offensante à l’endroit de l’ancienne mère-patrie « afin que l’oeuvre soit acceptable aux membre de l’Assemblée législative de Québec ».

Le fameux tableau est donc ramené de Paris en sol québécois par Honoré Mercier. Il est ensuite tiré au sort lors d’une soirée tenue en décembre 1895 au Monument national de Montréal. Le quotidien La Presse publie d’ailleurs, dès le vendredi 6 décembre 1895, une version noir et blanc de l’historique peinture.

La magnifique toile en couleur de L’assemblée des Six Comtés en 1837 se trouve aujourd’hui au Musée du Québec. L’image orne aussi plusieurs livres récents sur le sujet, notamment celui de Louis-Georges Harvey, Le Printemps de l’Amérique française – Américanité, anticolonialisme et républicanisme dans le discours politique québécois, 1805-1837 (Boréal, 2005) et celui d’Yvan Lamonde, Histoire sociale des idées au Québec (1760-1896) (Fides, 2000).

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