Les premiers romans canadiens-français en 1837

En notre province, ce sont d’abord les journaux qui sont bien établis à Montréal, (La Minerve, le Vindicator, L’Ami du Peuple) et à Québec (Le Canadien, La Gazette de Québec). Avec l’effervescence politique qui caractérise l’année 1837, on voit naître La Quotidienne, Le Populaire, Le Libéral et l’inévitable Fantasque. Ces journaux sont les premiers à publier des extraits de romans européens. Par exemple, à partir de 1835, L’Ami du Peuple publie des extraits de l’œuvre de Balzac. Le Glaneur reproduit quant à lui quelques histoires des Chateaubriand, Lamennais, Dumas, Janin et Hugo.

À Montréal, le principal pôle littéraire se situe à la librairie d’Édouard-Raymond Fabre. On y trouve alors plusieurs ouvrages historiques sur la France, l’Angleterre et les États-Unis, et « des ouvrages inspirants comme ceux de Chateaubriand, de Lamennais, ou des tout premiers romantiques […] ». Selon Yvan Lamonde, professeur d’histoire à l’Université McGill et auteur de l’Histoire sociale des idée au Québec, à partir de 1812, les Canadiens connaissent les écrits de Chateaubriand, ceux de Walter Scott en 1818 et ceux d’Alphonse de Lamartine en 1826.

Au Bas-Canada, l’intérêt pour la littérature de fiction débute dans la décennie 1820, mais « prend des formes plus concrètes après 1830 avec le romantisme ». Selon Lamonde, « pour l’auteur de fiction, la publication n’est pas évidente. Le roman comme genre a mauvaise presse à moins qu’il ne moralise ».

Tout de même, les deux premiers romans canadiens-français paraissent précisément en 1837. François-Réal Angers, auteur, avocat et journaliste, alors sténographe de la Chambre d’assemblée du Bas-Canada, publie Les révélations du crime ou Cambray et ses complices : Chroniques canadiennes de 1834; une chronique sociale et judiciaire d’un fait divers se rapportant à Charles Chambers, (et non Cambray), marchand de bois de Québec, qui a instauré un certain climat de terreur dans la région de Cap-Rouge près de Québec entre 1832 et 1834. D’après Aurélien Boivin, auteur de la biographie d’Angers dans le Dictionnaire biographique du Canada, « ce récit romancé des crimes de « la bande à Chambers », que d’aucuns considèrent à tort comme le premier roman canadien-français, demeure, selon le professeur David M. Hayne, « un des ouvrages les plus lisibles et les plus répandus de la première moitié du XIXe siècle canadien ». La chronique, rééditée en 1867, en 1880 et en 1969, fut publiée en feuilleton dans au moins trois journaux et fut traduite en anglais en 1867 sous le titre de The Canadian brigands; an intensely exciting story of crime in Quebec, thirty years ago! »

Le second roman canadien-français à voir le jour en 1837 est Le Chercheur de trésors ou de l’influence d’un livre par Philippe Aubert de Gaspé (fils). Ce dernier s’inspire de la tradition orale, de la petite histoire et du folklore.

Pour sa part, le journaliste Michel Bibaud, reconnu pour ses travaux historiques fait paraître son Histoire du Canada sous la domination française qui, aux dires d’Yvan Lamonde, est « très politique et événementielle, sans souffle véritable ».

.

RÉFÉRENCE

LAMONDE, Yvan. Histoire sociale des idées au Québec (1760-1896). Volume 1. Montréal, Fides, 2000. 572 pages.

Les commentaires sont fermés.