Le Fantasque

Nous vous présentons cette semaine le journal le plus inusité à l’époque des troubles de 1837-1838 : Le Fantasque. Il est l’initiative du journaliste, éditeur et homme de théâtre et de science Napoléon Aubin. Surnommé «le Figaro de l’Amérique», Aubin naît à Chêse-Bougerie en banlieue de Genève en Suisse le 9 novembre 1812. Il est le fils de Pierre-Louis-Charles Aubin et d’Élisabeth Escuyer. Il décède à Montréal le 12 juin 1890 à l’âge de 77 ans.

Publié à intervalles irréguliers du 1er août 1837 au 24 février 1849, Le Fantasque est assez particulier. Dans son en-tête, on y lit les pensées suivantes : « Journal rédigé par un flâneur, imprimé en amateur pour ceux qui voudront l’acheter ». Plus loin : « Je n’obéis ni ne commande à personne, je vais où je veux, je fais ce qui me plaît, je vis comme je peux et je meurs quand il le faut ». Enfin, en dessous du dit en-tête, on peut lire les conditions suivantes : « Le Fantasque paraîtra aussi souvent que son flâneur-chef aura le courage de l’écrire et que ses imprimeurs seront assez sobres pour l’imprimer ».

D’une écriture sarcastique, humoristique, ironique et souvent méchante, Napoléon Aubin tourne tout au ridicule. Libéral et progressiste, il adhère rapidement aux idées réformistes des patriotes dès 1837, « mais s’avère trop indépendant et trop critique envers Papineau pour adhérer au mouvement ». D’ailleurs, il critique ouvertement le chef patriote en qui « il voit un tyran, un lâche qui entraîne le pays sur une pente dangereuse ». « Il estime, aussi, que les patriotes vont trop loin », mais se considère tout de même solidaire à leur cause.

Aubin suit assidûment les travaux de la commission Durham. Malgré le fait qu’il approuve l’amnistie des patriotes à l’été 1838, il considère que Durham est « un peu trop friand des rassemblements mondains » puisque organisant souvent des bals au château aux dires de l’auteur Serge Gagnon. « Durham travaille-t-il ? » de demander Aubin.

De plus en plus cynique dans ses propos, il dénonce ce dernier avec véhémence. Le 2 janvier 1839, il est arrêté avec son imprimeur pour avoir publié le poème de Joseph-Guillaume Barthe : « Aux exilés politiques canadiens ». Il demeure incarcéré près de deux ans !

À la suite des rébellions de 1837-1838, Aubin dénonce l’ascension politique de Louis-Hippolyte LaFontaine et réhabilite graduellement l’ancien chef. Après le retour d’exil de Papineau en 1845, il se fait même le « porte-parole » des Papineauistes à Québec. Néanmoins, il demeure toujours indépendant des partis politiques.

Lors de l’Acte d’Union en 1840, il critique avec véhémence le gouverneur Charles Edward Poulett Thomson en ces termes : « Quand je pense à la façon dont nous sommes menés par un poulet, cela m’en fait venir la chair de poule ». Ventant le nationalisme de sa province d’adoption, il va même jusqu’à qualifier le gouverneur de « spoliateur de la richesse collective des Canadiens français ».

L’excentrique journaliste relate en ces mots la fin de sa publication : Le Fantasque « meurt car ne se vend pas » !

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