Le 14 décembre 1837 vu par l’officier George Bell

Cette semaine, nous reproduisons quelques extraits du récit saisissant de George Bell, officier au sein du Royal Regiment, qui relate l’assaut du village de Saint-Eustache le 14 décembre 1837.
Lors de la bataille de Saint-Eustache, le régiment des Royaux se trouve sous les ordres du lieutenant-colonel George Augustus Wetherall, vainqueur à l’affrontement de Saint-Charles (25 novembre 1837). Pour sa part l’officier Sir George Bell (1794-1877) est l’auteur de Rough Notes by an Old Soldier publié à Londres en 1867. C’est dans cet ouvrage qu’il relate sa participation aux divers engagements survenus en 1837 et 1838. Parmi ceux-ci, la fameuse bataille de Saint-Eustache est racontée d’une manière plutôt simple et sans artifice, et le tout ponctuée d’anecdotes assez intéressantes. Voici comment il dépeint les événements :

Depuis le presbytère, ils [les patriotes] maintenaient un tir rapide sur nos hommes. Placés à l’un des angles de la rue principale, les canons criblèrent de boulets la porte de l’église. On donna alors l’ordre aux Royals de donner l’assaut, ce qu’ils firent avec éclat et courage [au presbytère], ouvrant le feu sur l’édifice attenant et faisant périr les rebelles dans les flammes. Sous le couvert de la grande colonne de fumée qui s’élevait de cet édifice, plusieurs des rebelles s’échappèrent de l’église et traversèrent la rivière sur la glace; mais ils se heurtèrent aux Volontaires qui les attendaient dans les bois, et ils furent massacrés. Les flammes se communiquèrent bientôt à l’église. Il ne restait plus que la possibilité de se précipiter hors de l’église et d’être abattus par nos tirs ou alors de brûler vifs. Il n’y avait pas d’issue, ils ne pouvaient s’enfuir et ils moururent comme ils avaient combattu, au mépris de la vie. Chénier, le seul parmi leur chef qui resta à leurs côtés jusqu’à la fin, fut tué dans la cour attenante à l’église…
Les blessés étaient criblés de balles; plusieurs saignèrent à mort faute de secours chirurgical. Je trouvai un pauvre type qui avait eu le bras déchiqueté au-dessus du coude par un tir de mitraille. Des soldats allaient le tuer quand j’arrivai sur les lieux. Il demandait grâce et le sang coulait à flot de sa blessure. Je retirai les cordons de mes mocassins et lui attachai solidement le bras, ce qui arrêta l’épanchement. On lui amputa le bras le même soir et je crois qu’il put se rétablir par la suite. J’eux du mal à sauver quelques autres prisonniers des mains des soldats, qui étaient très excités. Je me promenai pendant une bonne partie de la nuit, ne trouvant pas le calme nécessaire pour m’allonger. Le village était la proie des flammes. On entendait les cris perçants des blessés, plusieurs brûlaient vifs. La chaleur des flammes faisait fondre la neige et les rues étaient une mare d’eau. Les soldats abattaient les maisons pour empêcher que le feu n’atteigne l’hôpital et tout cela composait un tableau si horrible que je ne pouvais, crevé que j’étais, me retirer dans mon humble cantonnement.

Après la bataille, les troupes anglaises de Colborne logent dans les maisons épargnées par les flammes, autant celles des patriotes que celles des loyalistes, et ce « pour faire connaître [aux insurgés] les horreurs de la guerre, et ce à quoi ils pouvaient s’attendre en s’opposant à la loi » aux dires de Bell.
George Bell poursuit ensuite dans la même veine en justifiant l’incendie du village de Saint-Eustache : « Étant que la ville constituait depuis des années l’un de leurs principaux foyers de déloyauté, nous l’avons incendié, avec l’église et tout ». C’est propos sont quelque peu faussés. Nous savons aujourd’hui que les troupes régulières sont responsables de l’incendie de quelques bâtiments, mais non de l’ensemble de la conflagration du village.

RÉFÉRENCES
BELL, Sir George, Roufh Note by Old Soldier, Londres, Day & Son, 1867, p. 55-56.
BELL, Sir George, Soldier’s Glory : Being Rough Notes by an Old Soldier, préparé par Brian Stuart, Londres, 1956.
GREER, Allan. Habitants et Patriotes. La Rébellion de 1837 dans les campagnes du Bas-Canada. Montréal, Boréal, 1997, édition originale publiée par University of Toronto Press sous le titre de The Patriots and the People en 1993. 370 pages.
SENIOR, Elinor Kyte. Les habits rouges et les patriotes. Montréal, vlb éditeur, 1997, traduction de Redcoats and Patriots paru en 1985. 310 pages.

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