Doit-on marcher sur Montréal ?

La rébellion de 1837 n’en a évidemment pas été une à proprement parlé. À ne pas confondre avec le réel soulèvement de 1838. Ceci étant dit, la mobilisation qui s’est effectuée en 1837 a été exclusivement défensive. En ce sens, ce sont les troupes qui ce sont rendues à Saint-Denis, Saint-Charles et Saint-Eustache afin d’appréhender les leaders patriotes.

L’idée d’une offensive sur la grande ville de Montréal, quoique farfelue, a été soulevée à quelques reprises durant la résistance de 1837. Une déposition inédite nous renseigne quelque peu sur le sujet. Ce témoignage a été réalisé à Montréal devant le juge de paix Pierre-Édouard Leclère le 3 novembre 1838. Le déposant est Joseph-Ovide Manthet, notaire de Sainte-Rose sur l’île Jésus.

Ce dernier affirme donc que la veille de sa déposition, vers 20 h 00, il aurait été témoin d’un « soulèvement général » de la part des insurgés de sa paroisse. Il dit : « Dans le cour de la nuit, j’ai vu moi-même nombre de personnes passer les uns à cheval à la course et les autres en charrette allant aussi grand train. »

Au sujet d’une éventuelle offensive sur Montréal, il affirme : « Je tiens du nommé Jean-Baptiste Gagnon, patriote de Sainte-Rose, ainsi que de nombre d’autres patriotes du même endroit, que les gens du nord, c’est-à-dire de Sainte-Thérèse, Sainte-Scholastique, Saint-Benoît et Saint-Eustache doivent marcher sur Montréal d’ici à lundi prochain afin d’attaquer la ville. Ces mêmes gens me dirent aussi que tous les habitants du nord étaient armés. » Manthet, comme bien d’autres individus au nord de Montréal, sait pertinemment que le curé de Sainte-Rose, François-Magloire Turcotte, est en fuite aux États-Unis. Il dénonce les propos tenus par le prêtre qui disait « que les Américains viendraient sous peu marcher sur Montréal afin de prendre cette ville et que les habitants n’auraient qu’à faire un bien faible effort pour devenir indépendant ».

Selon le déposant, et aux dires des nommés Jean-Baptiste St-Louis père, Jean-Baptiste Gagnon et Louis Ouimet, tous cultivateurs de Sainte-Rose, « une attaque devait avoir lieu sur la ville et que toutes les paroisses de ce district devaient se soulever dans le même temps ».

Le comté des Deux-Montagnes n’est évidemment pas en reste avec cette d’idée d’une « marche sur Montréal ». En effet, le 25 novembre 1837, à la suite de l’arrivée massive d’une délégation de jeunes gens des Fils de la Liberté et d’Amury Girod, qui prend les rennes du commandement de la région, une réunion se tient à Saint-Benoît afin de décider d’une offensive sur Montréal. Le Suisse patriote est l’instigateur de cette proposition. Cependant, les chefs locaux que sont Jacob Barcelo, Étienne Chartier, Jean-Olivier Chénier, Jean-Joseph Girouard et Jean-Baptiste Dumouchel, refusent catégoriquement la mise en application d’une manœuvre militaire aussi risquée. Comme on le sait, aucune tactique ne sera tentée sur la ville. Les patriotes des Deux-Montagnes se contenteront d’une malencontreuse et maladroite défense en décembre 1837.

 

Référence :

BAnQ, Fonds du banc du roi/de la reine du district de Montréal, TL19, S1, SS62, D248, déposition de Joseph-Ovide Manthet, 3 novembre 1838.

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