Une nouvelle biographie du curé Étienne Chartier

Tous les passionnés de l’histoire insurrectionnelle ou tous les amateurs d’histoire de notre région connaissent le fameux curé patriote ; le seul en fait qui ait pris une position claire et rangée dans le camp réformiste, dans les années 1830, et particulièrement durant les rébellions de 1837-1838. En 1833, cet avocat de formation écrivait déjà : « Si un jour le peuple devait être malheureux, le prêtre devra être à ses côtés pour essuyer ses larmes. » Cette citation provient d’un nouvel ouvrage biographique consacré au célèbre curé patriote, Étienne Chartier, de Saint-Benoît de 1835 à 1837.

Enfin une biographie digne de ce nom à être publiée sur l’illustre curé de Saint-Benoît : Étienne Chartier. La colère et le chagrin d’un curé patriote (Septentrion, 2010). Un ouvrage loin d’être dénué d’intérêt, rédigé sous la plume de l’auteur Gilles Boileau, mieux connu dans le giron historique eustachois. La biographie est vraiment bien écrite ; dans un français impeccable. Les recherches archivistiques préalables furent entreprises par M. Léo Chartier, arrière-petit-neveu du curé, que j’ai eu le plaisir de rencontrer dans le cadre des festivités entourant le 165e anniversaire de la rébellion à Saint-Eustache, au moment des fameuses Retrouvailles, organisées à l’été 2002, dans les jardins du Manoir Globensky. Je rends ici un hommage bien senti aux longues et fastidieuses années de recherches consacrées par cet homme à son aïeul.

Mais il y a un mais. Ce livre, quoique indispensable dans une bibliothèque patriotique, n’est pas parfait. Quelques points négatifs sont à souligner. D’abord, l’absence de notes explicatives ou « citatives » en bas de page, nous déçoit. En fait, lorsque le lecteur cherche l’endroit exact d’une citation, impossible de s’y référer puisque les pages des sources employées ne sont pas indiquées. Mais à l’inverse, le livre est littéralement truffé de petites et longues citations (en retraits) et lorsqu’on en fait le compte global, la moitié de l’ouvrage représente celles-ci. Le livre a ainsi été rédigé par un chercheur en histoire et non pas par un historien. La différence est là, mais importante, puisqu’un historien cite précisément ses sources.

L’auteur a selon toute évidence un parti pris avoué. La subjectivité est palpable, autant l’approche, dans le propos, dans la façon d’aborder le personnage, aussi complexe soit-il. À tout le moins, on dirait qu’il est un peu trop sympathique au personnage et donc, pas assez critique à son endroit.

Notons finalement l’omniprésence de jugements de valeur inutile dans un livre d’histoire ; notamment sur le cas d’Amury Girod qu’il qualifie d’« énigmatique imposteur d’origine suisse qui s’est autoproclamé généralissime en chef des forces patriotes… » (p. 175). Assez décevant comme point de vue quand on sait que Girod était un intellectuel militant hors du commun, un auteur exceptionnel, l’un des rares promoteurs de nouvelles techniques agricoles à cette époque et à coup sûr, l’une des têtes dirigeantes de l’intelligentsia patriote.

Étienne Chartier. La colère et le chagrin d’un curé patriote, de Gilles Boileau, publié aux éditions du Septentrion (2010) est disponible en librairie depuis déjà quelques semaines au coût de 34,95 $.

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