Une assemblée patriote au pays des bleuets

La particularité du mouvement patriote bas-canadien repose sur sa démocratie populaire véhiculée à travers ses assemblées politiques. La majorité de ces rassemblements publics se font principalement dans le district de Montréal. D’autres se tiennent au sud de Montréal ou aux environs de Québec. En soit, toute la province du Bas-Canada se mobilise via ses assemblées populaires.

Nous serions probablement portés à croire que les paroisses et villages fortement éloignés des grands centres urbains n’étaient point mobilisés politiquement. Rien de plus faux. En effet, cette semaine, nous résumons les procédés d’une importante assemblée patriote qui s’est déroulée au Saguenay en 1837. Peu de gens savent que le pays des bleuets avait lui aussi ses leaders patriotes.

C’est le journal Le Libéral qui nous renseigne sur cet événement. L’assemblée patriote se tient à la Malbaie le 25 juin 1837, « conformément aux annonces faites aux portes des églises des paroisses de Saint-Étienne dite la Malbaie et de Sainte-Agnès, dans le comté de Saguenay, dimanche le 18 juin courant ». Le tout se déroule comme à l’habitude à « l’issue du service divin du matin pour prendre en considération les procédés du Ministère de la Grande-Bretagne et de la Chambre des Communes en date du 6 mars dernier, et afin d’adopter des moyens utiles et efficaces pour protéger leurs justes droits et leurs libertés contre l’agression de tout pouvoir tyrannique ».

Pour l’occasion, c’est le major de milice Louis Tremblay qui est élu à la présidence. La vice-présidence est quant à elle confiée au capitaine Thomas Simard. Ce sont les notaires Charles H. Gauvreau et Édouard Tremblay qui agissent à titre de secrétaires de l’assemblée anticoercitive.

Par la suite, le président s’adresse à la foule présente en grand nombre. Il « lui fit connaître le malheureux état de la province et de comté en particulier les procédés pervers et liberticides du ministère britannique et la mauvaise administration du chef de l’exécutif de cette province, dont la politique ne tend à rien [de] moins qu’à usurper nos droits les plus sacrés à nous anéantir ou à nous rendre de vils esclaves ».

Après ce discours d’ouverture, quatorze résolutions sont adoptées à l’unanimité. La première de ces résolutions réitère la confiance de l’assemblée à l’égard de la Chambre d’assemblée du Bas-Canada qu’elle qualifie de « seul organe constitutionnel des vœux et des volontés du peuple canadien : ce corps n’ayant  jamais cessé d’être le protecteur énergique et infatigable des libertés et des droits des loyaux sujets de sa majesté en cette province ».

La seconde motion dénonce la commission d’enquête chargée d’étudier les revendications canadiennes contenues dans les 92 Résolutions adoptées en 1834. On y dit d’ailleurs plus loin que « les rapports de la dite commission sont basés sur les opinions formées sous l’influence des préjugés nationaux et tendent à perpétuer ou accroître les difficultés qui depuis si longtemps retardent le développement des améliorations dont cette belle partie des possessions britanniques est susceptibles ».

La troisième motion, proposée par le vice-président, touche directement aux résolutions Russell. Il est donc résolu « que nous avons appris avec l’excitement d’indignation qu’inspire l’injustice que Sir John Russell avait osé proposer à la Chambre des Communes d’Angleterre une série de résolutions indignes d’un homme de bien et attentatoires à nos libertés et à nos droits constitutionnels les plus chers, mais que nous savons assez les apprécier pour les défendre en hommes libres et pour ne céder qu’avec la force ».

La cinquième résolution dénonce « les ministres de sa majesté [qui] méprisent les vœux du peuple canadien ». On y promouvoit aussi des changements dans la constitution du Conseil législatif, « cause première et féconde des dissensions qui déchirent cette province ».

Dans la septième motion, l’assemblée regrette amèrement l’« absence de sympathie de la part de la majorité [des] co-sujets britanniques ». Celle-ci, semble-t-il, les « obligera [à] chercher ailleurs » l’appui désiré.

Par la suite, on déplore la violation du droit inaliénable de la Chambre d’assemblée à voter la liste civile du gouvernement, soit le « contrôle exclusif des deniers prélevés sur le peuple canadien ». On considère alors « comme rompu et nul le contrat social qui nous attache à l’Empire britannique, qui en cessant de remplir ses engagements nous relèvent de nos obligations que les traités nous imposent ».

La dixième résolution promouvoit le boycott économique si cher au chef Louis-Joseph Papineau. Ainsi, « il est en conséquence du devoir de tous bons citoyens, sinon d’abandonner l’usage de ces articles [à savoir le thé, le rhum, le brandy, les vins, le sucre et le tabac] du moins encourager leur importation des États-Unis, d’où on peut se les procurer d’aussi bonne qualité et à plus bas prix et d’encourager nos manufactures ».

On dit aussi « qu’il est urgent d’organiser des associations patriotiques […] afin de faciliter l’adoption des moyens plus efficaces de revendiquer nos droit constitutionnels ». On reconnaît comme justes les principes adoptés plus tôt par les assemblées des comtés de districts de Québec et Montréal. On salue aussi les loyaux services de Louis-Joseph Papineau, orateur de la Chambre d’assemblée du Bas-Canada. L’assemblée de la Malbaie remercie enfin les députés radicaux siégeant à la Chambre des Communes de Londres, notamment Daniel O’Connell, John Arthur Roebuck, John Temple Leader, Sir William Molesworth et les MM. Grote et Buller, dont la sympathie à l’égard de la cause canadienne « ne sera jamais oubliée par les habitants de ce comté ».

Bref, une assemblée patriote dont les procédés sont sans équivoques. Rarement avons-nous lu des propos aussi arrêtés sur la situation politique bas-canadienne. Comme quoi les paroisses lointaines ne sont pas en reste à l’automne 1837.

Références

Le Libéral, 31 octobre et 10 novembre 1837.

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