L’hôtel Rasco de Montréal

Cette semaine, j’ai jugé intéressant de vous entretenir sur l’histoire d’un gite montréalais légendaire et, par le fait même, un lieu marquant dans l’histoire insurrectionnelle. À l’époque des troubles de 1837-1838, l’hôtel Rasco était considéré comme le plus luxueux hôtel du pays.

C’est l’homme d’affaires italien Francesco Rasco qui est à l’origine de la « vaste auberge ». Originaire de Como, dans le nord de l’Italie, il arrive à Montréal au début du XIXe siècle à la même époque que d’autres grandes familles italiennes : les Del Vecchio, les Donegani et les Bonacinas. Il inaugure d’abord en 1825, en association avec John Molson, une confiserie au coin de l’actuelle Place Jacques-Cartier et de la rue Saint-Paul, ainsi que le Masonic hall Hotel.

Ce n’est qu’après avoir géré un petit établissement hôtelier, à l’angle des rue Saint-Paul et De Vaudreuil, que Rasco nourrit le projet d’un plus vaste établissement ; celui-là de première classe. Sis au 293 rue Saint-Paul Est à Montréal, l’hôtel Rasco est construit en 1834-1836 par les maçons Thomas McGrath et Vital Gibault, dans un style néo-classique. Reconnu pour son élégance qui faisait la fierté de Montréal, l’hôtel était admiré outre frontière. Il était à coup sûr l’un des plus vastes de Montréal avec ses 80 chambres. En soi, le bâtiment abritait une salle de concert, une salle de bals et un restaurant dans le style du Palais Royal de Paris.

Encore inachevé, l’hôtel Rasco accueille le banquet de la fête de la Saint-Jean-Baptiste, le 24 juin 1835. C’est Denis-Benjamin Viger qui préside l’événement, secondé par F.-A. Larocque, Peter Dunn, Thomas Storrow Brown et Édouard-Raymond Fabre. L’année suivante, son restaurant reçoit les clients et l’hôtel est définitivement inauguré le 1er juin 1836. À l’occasion de la Saint-Jean-Baptiste, un autre banquet est organisé réunissant 112 invités. Cependant, un autre banquet est tenu par Clément-Charles Sabrevois de Bleury dans les jardins de John McDonnell. Celui-là réunit toutefois la faction modérée du mouvement patriote.

En 1842, le célèbre romancier anglais Charles Dickens y réside quelque temps en 1842 alors qu’il présente trois de ses pièces montées au Théâtre Royal, alors situé en face, dans une aile du Marché Bonsecours. Deux ans plus tard, Rasco vend l’emplacement à Giovanni (alias John) Donegani et retourne vivre seul en Italie, dans sa ville natale.

Au tout début de l’année 1837, La Minerve (2 janvier 1837) publie un article intéressant qui fait la promotion du grand hôtel Rasco :

Hôtel de Rasco

Montréal

Cet établissement, l’un des plus considérables de la ville de Montréal, est maintenant presque achevé. Environ 80 chambres, outre divers salons, sont meublées au complet pour la réception des voyageurs et des pensionnaires, avec une chambre de musique et une chambre de nouvelles, ainsi qu’une salle de billard. La situation de cet hôtel est des plus agréables, et très convenable sous l’apport de la salubrité et de la tranquillité, et se trouve au centre des affaires. La vue de l’étage supérieure domine tous les autres édifices et s’étend presque sur le fleuve. Le bas de l’édifice, qui fait face à la rue Saint-Paul, vient d’être complété et distribué convenablement pour des restaurants. En conséquence, le propriétaire s’empresse d’annoncer au public que dans le cours du mois prochain, on trouvera constamment à son établissement, à toute heure, toutes sortes de mets apportés avec soin, ainsi que différentes soupes, bouillons, etc., beefsteaks à l’anglaise et à la française, etc.

Les prix des pensions et des vins seront très modérés.

Le propriétaire doit aussi prévenir les messieurs de la campagne que l’établissement est pourvu de bonnes écuries, où leurs chevaux seront soignés avec soin.

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