Felquistes = patriotes ?

Ai-je besoin de rappeler à la mémoire de mes lecteurs qu’en cette année 2010, nous célébrons le 40e anniversaire des tristes événements d’octobre 1970 ? C’est un sujet qui me passionne depuis toujours au plus haut point. Et j’en glisse d’ailleurs un mot dans l’une de mes conférences. On me demande souvent s’il est possible d’établir un véritable lien entre les felquistes des années 1960 (et début 1970) et les patriotes de 1837-1838 ? Bref, est-ce que les felquistes étaient des patriotes « modernes » ? Grosse question pour débuter cette nouvelle saison.

Au sens propre du terme, un patriote signifie quelqu’un qui aime sa patrie. Point final. Mais revoyons les faits. La crise d’Octobre de 1970 a été sans nul doute l’un des faits les plus importants dans l’histoire du nationalisme québécois, tout comme le furent les troubles de 1837-1838. Toutefois, les felquistes n’étaient pas des patriotes. Contrairement à ces derniers, les felquistes ne se sont que très « rarement mis dans une situation mortellement périlleuse ». C’est l’une des idées véhiculées par l’auteur William Tetley dans son ouvrage Octobre 1970 –  Dans les coulisses de la Crise (Éditions Héritage).

L’auteur poursuit en ces termes : « Les felquistes n’avaient aucun projet de gouvernement démocratique. Bien au contraire, ils s’opposaient plutôt aux gouvernements démocratiquement élus du Québec et du Canada. Ils n’avaient pas élaboré de charte des droits sociaux comparable aux Douze résolutions de Papineau à Saint-Ours-sur-Richelieu le 7 mai 1837, [aux 92 Résolutions adoptées à Saint-Charles le 23 octobre suivant] à la Déclaration d’indépendance de Robert Nelson le 28 février 1838 ou à la Liste des droits révolutionnaires de Riel en 1885, pour laquelle ils se seraient battus. D’ailleurs, il ne s’est pas non plus exprimé de sympathie ni de soutien spontané à l’endroit du FLQ, comme cela s’était produit lors des émeutes de la conscription en 1918, de la grève générale à Winnipeg en 1919 et de la grève d’Asbestos en 1948-1949. Le FLQ ressemblait plutôt à la populace forcenée, essentiellement anglophone, qui s’était ameutée le 25 avril 1849 et avait incendié l’édifice du Parlement à Montréal. Ces deux derniers mouvements, sans en subir eux-mêmes, ont causé de graves préjudices à la société au nom de laquelle ils prétendaient agir. »

On sait que la Loi des mesures de guerre donne aux autorités le pouvoir de perquisitionner sans mandat et procéder à des détentions préventives de 90 jours, sans raisons. Seulement, cette loi doit être appliquée s’il y a insurrection appréhendée. Était-ce le cas en 1970 ? Non. Elle a été imposée le 16 octobre 1970 (et en vigueur jusqu’en avril 1971), sans preuve d’insurrection appréhendée dans le pays, contrairement en 1837-1838. Le 5 décembre 1837, le gouverneur Gosford sanctionne quant à lui la Loi martiale – dont les paramètres s’apparentent à celle des mesures de guerre – afin de mater la rébellion qui s’opère jusqu’alors à Montréal et dans la vallée du Richelieu.

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