Évasions de prisonniers

Voici un autre sujet qui a effleuré notre esprit à la suite de la lecture d’une déposition contenue aux Archives nationales du Québec. Rappelons que la plupart des prisonniers politiques arrêtés dans le cadre des rébellions de 1837-1838, accusés de haute trahison envers Sa Majesté britannique, sont incarcérés à la prison du Pied-du-Courant à Montréal. Nous avons relevé deux cas d’évasions qui semblent s’être produits en 1838.

La première évasion est beaucoup plus connue de la part des historiens. Il s’agit d’abord de celle de Louis Lussier, marchand épicier de Montréal. Il est le fils de Jean-Baptiste Lussier et de Marie Gaudet-Leblanc. Le 17 août 1829, Lussier épouse Marie-Adélaïde Boyer à Montréal. Le 23 novembre 1837, Lussier se trouve à Saint-Denis où le Dr Wolfred Nelson organise la résistance face à l’armée anglaise qui arrive. Lussier est accusé du meurtre de George Weir, lieutenant du 32e régiment, venu en éclaireur et capturé à Saint-Denis par les patriotes. Il est arrêté le même jour que son frère Séraphin alors qu’il se trouve en la maison d’un certain Joseph Lebeau (beau-père de son frère) sur la Côte-des-Neiges. Il est immédiatement conduit au Pied-du-Courant où il est incarcéré le 2 janvier 1838. Le 8 janvier, il fait son examen volontaire dans lequel il décrit le meurtre de Weir dans lequel il n’aurait, selon lui, aucune responsabilité. C’est le 22 juin de la même année que Louis Lussier réussit son évasion de la prison neuve. Nous en savons que très peu encore aujourd’hui. Lussier aurait en quelque sorte amadoué le chien d’un des gardiens de la prison. Selon l’historien Gérard Filteau, il « avait bien été arrêté, mais il avait réussi une évasion assez loufoque, paraît-il, grâce à la complicité du chien de garde de la prison qu’il avait réussi à corrompre ».

La seconde histoire d’évasion est inédite. Nous n’avons d’ailleurs que peu d’informations supplémentaires à ce que nous apprend l’unique document. C’est une certaine Élizabeth Parant (Parent) qui, dans une déposition réalisée à Montréal le 12 mai 1838 devant le juge de paix W. B. Donegani, relate le drôle de récit. Voici en intégralité le témoignage de Mme Parant :

Élizabeth Parant, épouse de Jean-Baptiste Asselin, de Montréal, après serment prêté sur les Saints Évangiles, dépose et dit que depuis [les] trois nuits dernières, madame Cook, serait partie de la demeure de la déposante avec des outils de menuiserie pour aller à la prison de Montréal, pour faire déserter son mari de la prison de Montréal; que ce jour d’hui elle aurait sue que le mari de madame Cook aurait déserté de la prison.

Encore une fois, nous n’en savons guère plus sur ces énigmatiques personnages… malheureusement. Ce qui est sûr cependant, c’est qu’aucun patriote nommé Cook n’est constitué prisonnier lors des deux insurrections et puisque le dossier dans lequel nous avons trouvé la dite déposition (les Affaires de police du district de Montréal) ne contient pas que des témoignages de patriotes, mais aussi ceux de prisonniers généraux, cela nous porte à croire que cette évasion n’est pas celle d’un prisonnier politique accusé de haute trahison comme le sont les patriotes généralement.

RÉFÉRENCES

AUBIN, Georges et Nicole Martin-Verenka. Insurrection. Examens volontaires, Tome 1, 1837-1838. Montréal, Lux Éditeur, 2004. 318 pages.

B.A.n.Q., « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, P224, M-165-6, no. 3383, lettre de Pierre-Édouard Leclère à Charles Buller, 30 août 1838.

B.A.n.Q., Fonds cour du banc du roi/de la reine du district de Montréal, TL, S1, SS62, D200, déposition d’Élizabeth Parant, 12 mai 1838.

FILTEAU, Gérard. Histoire des Patriotes. Québec, Septentrion, 2003. 630 pages. Introduction de Gilles Laporte. Édition originale parue en 1938.

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