Amédée Papineau écrit à Jules Verne

D’aucun savent qu’Amédée Papineau, fils aîné de l’illustre chef patriote Louis-Joseph Papineau, et membre de l’association des Fils de la liberté, fut un grand voyageur et par conséquent, un correspondant sans pareil. Sur le vieux continent, il multiplie les grandes rencontres : notamment Victor Hugo et le pape Pie IX. Des histoires à venir sans aucun doute…

Avide de lecture et de culture en générale, Papineau ne manque pas de lire le fameux roman Famille-Sans-Nom de Jules Verne paru en 1888 ; ouvrage historique basé sur les troubles de 1837-1838 au Bas-Canada. Ce qui est fort intéressant de cette histoire, c’est que Papineau écrit lui-même au célèbre auteur français afin de lui faire part de son appréciation et pour lui dépeindre les quelques coquilles dénichées dans sa lecture.

D’un intérêt certain, nous nous permettons de publier intégralement le contenu de cette lettre inédite d’Amédée Papineau adressée à Jules Verne contenue aux Archives nationales du Québec à Québec sous la cote suivante : Fonds Papineau (P 417/8) : Amédée Papineau, Lettres adressées à diverses personnes, 1835-1898 :

Monsieur Jules Verne,

Je viens de finir la lecture de « Famille-Sans-Nom ». Fils aîné, héritier, de ce Louis-Joseph Papineau que vous signalez dans votre œuvre; qui fut Président de l’Assemblée législative de 1815 à 1840, comme aussi chef pendant quarante ans du parti Libéral réclamant les franchises constitutionnelles que l’on niait à son pays, je prends la liberté de vous offrir mes remerciements, qui seront aussi sans doute ceux de tous mes compatriotes.

Personne ne pouvait mieux que Jules Verne populariser et consacrer chez nos frères de la Vieilles Mère-Patrie, les légendes de ces dignes rejetons, les fils de la Nouvelle-France, de cette lutte plus que centenaire pour la conservation des lois civiles, des croyances religieuses, de la belle langue, de leurs ancêtres. Aussi, le triomphe, la perpétuité, en sont-ils assurés désormais. Bien plus, le lien nominal qui retient encore le Canada à l’Angleterre, tout léger qu’il soit, rompra d’un commun accord depuis longtemps. L’autonomie se couronnera de l’indépendance. Une Nation nouvelle prendra sa place au milieu des Peuples Souverains.

Fils de la Liberté, combattant pour elle à 18 ans, je ne verrai peut-être pas moi-même son triomphe absolu et définitif, mais j’ai foi que ce XIXe siècle ne finira point avant cette Évolution de ma Patrie.

Si vous deviez publier une nouvelle édition, je vous suggérerais quelques légères erreurs à corriger. Elles passeront inaperçues en France; ici elles seront remarquées et donneraient prise aux critiques malveillantes des Argall, des Rip & Co, car la race des traîtres et des bureaucrates n’est pas toute éteinte.

Encore une fois, Monsieur, mille remerciements.

J’ai l’honneur d’être,

Votre très humble et reconnaissant serviteur.

Louis-Joseph-Amédée Papineau

N’ayant pas votre adresse précise, j’envoie chez vos éditeurs Hetzel & Cie.

En soi, il est vrai que le roman Famille-Sans-Nom de Jules Verne comporte quelques erreurs factuelles et historiques. Nous avions déjà écrit à ce sujet au début de 2006. Une lecture qui demeure malgré tout fort intéressante.

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