Célestin Guindon

Célestin est issu d’une des principales familles patriotes de la région de Saint-Eustache en 1837. Il naît à Saint-Eustache le 18 mai 1805 et est baptisé en ce lieu le lendemain. Il est le fils de Joseph-Amable Guindon et de Marie-Josèphe Guérin. Il épouse Suzanne-Séraphine Marié à Saint-Eustache le 8 octobre 1827. Cette dernière est la fille de Jospeh Marié et Marie-Thérèse Rochon. Selon le recensement de 1842, Guindon est cultivateur sur le Grand-Chicot à Saint-Eustache.

Dès 1836, Célestin Guindon semble intéressé par la politique régionale. En effet, le 28 mars 1836, il est l’un des 45 signataires de l’invitation en vue de l’assemblée prévue à Saint-Benoît le lundi 11 avril 1836 à midi en la place publique du village. Présidé par le notaire Ignace Raizenne, ce rassemblement a pour but de « prendre en considération l’état de la province et avise telles mesures que les circonstances pourront requérir ». Toutefois, aucun compte-rendu ne nous prouve la participation de Guindon à cette même assemblée.

L’automne 1837 est particulièrement marquant pour Guindon. Il semble faire parti de l’importante mobilisation patriote aux côtés des hommes de Jean-Olivier Chénier. Ainsi, on observe plusieurs témoignages qui certifient la participation de Célestin Guindon au recrutement de quelques individus pour le camp armé de Saint-Eustache. Notamment, Joseph Duquet, cultivateur de Saint-Eustache, affirme dans une déposition le 25 janvier 1838, que Guindon faisait parti d’un groupe d’insurgés qui serait venu chez lui le 10 décembre 1837 : « que Célestin Guindon dit au déposant qu’il avait ordre de venir le chercher et de l’emmener pour leur aider à la défense […], qu’alors sous l’influence de la crainte le déposant accompagna ces individus au village de Saint-Eustache, qu’ils le conduisirent à la maison de Mr [Frédéric-] Eugène Globensky où après avoir subi un examen devant les nommés De Lorimier, Girod, Richard Hubert et le docteur Chénier, on lui donna le village pour prison ».

Joseph Touchette affirme de son côté que Guindon, alors nommé sergent, après lui avoir commandé de se rendre au camp, lui aurait dit « qu’il fallait qu’il fasse son devoir ». Les dépositions d’Eustache Proulx et Marguerite Lapré nous apprennent qu’au début de décembre 1837, Célestin Guidon, en compagnie de son beau-frère Léon Marié et François Guérin dit Bertroche, serait venu à la ferblanterie de Louis Lemoine au village de Saint-Eustache afin d’y acheter des « tuyaux » :

[…] le dit Bertroche demanda à la mère du dit Louis Lemoine : « Avez-vous du tuyau, combien le vendez-vous? » La mère du dit Lemoine répondit, vingt-deux sous que Célestin Guindon reprit la parole disant : « Non, je l’ai payé vingt sous, moi. Qu’immédiatement il s’empara d’un bout d’environ cinq feuilles et que Guérin dit Bertroche prit un autre bout de six feuilles et Léon Marié prit un recoude; que la mère de Lemoine leur demanda alors : « Qu’est-ce qui va payer ce tuyau là? Léon Marié répondit « Cherchera qui vous payera ». Célestin Guindon dit « c’est le Roi qui vous payera ». Que la mère de Lemoine leur dit : C’est encore commode! Qu’aussitôt dit, aussitôt fait, les susdits individus partirent et gagnèrent l’église en riant.

Pour sa part, Pierre Desjardins, cultivateur de Saint-Eustache, accuse conjointement Joseph Doré et Célestin Guindon, quelques jours avant la bataille, de l’avoir « commandé plusieurs fois de se rendre au camp, lui disant que s’il ne marchait pas il se souviendrait du lieu » s’il n’obéissait pas à leur commandement. Thomas Lagarde dit Saint-Jean dénonce quant à lui Guindon de « désarmer les gens du village » dans une déposition datée du 30 décembre 1837. Enfin, un certaine Margaret Jamieson, affiliée au magasin de James Gentle, sur la Grand-rue au village de Saint-Eustache, accuse notamment Guindon d’avoir perquisitionné les effets du dit magasin.

Nous savons en outre que Célestin Guindon participe à la fameuse expédition menée sur la mission du Lac des Deux-Montagnes (Oka) au matin du 30 novembre 1837. Effectivement, il aurait été mis sous les ordres du docteur Chénier afin de cerner le comptoir de la Baie d’Hudson et le presbytère de l’endroit. Le tout nous est confirmé par le témoignage du menuisier Gilbert Spénard de Saint-Eustache. Malgré la prise d’un canon de piètre qualité (qui se servira pas en 1837) et d’une discussion plutôt froide avec les Amérindiens de l’endroit, le troupe dirigée par Girod et Chénier ne ramène à Saint-Eustache que quelques fusils, un peu de poudre et un peu de plomb.

C’est vraisemblablement pour l’ensemble de ces actes de déprédation que Célestin Guindon est considéré comme étant compromis dans la rébellion de 1837 à Saint-Eustache par le curé de la paroisse Jacques Paquin qui réalise un inventaire de l’allégeance politique de ses paroissiens plus tard en 1839. Il est aussi qualifié de patriote par le même James Gentle, son propre capitaine de milice, dans une liste datée du 10 septembre 1839. Finalement, il est considéré comme étant un « rebelle » (terme plus radical pour l’époque, dénonçant ainsi sa prise des armes) par le docteur et capitaine Charles Gordon O’Doherty qui réalise aussi un recensement politique des habitants de Saint-Eustache en septembre 1839.

Deux ans après les troubles qui se déroulent dans le comté des Deux-Montagnes en 1837, Célestin Guindon réclame à la Commission des Pertes de 1837-1838 la somme de 3 £ « pour un fusil pris par les volontaires ». Le gouvernement ne lui octroi toutefois que 2 £ pour cette demande. Il faut savoir qu’après la sanglante bataille du 14 décembre 1837, une « police rurale » formée d’ex-volontaires loyalistes assure l’ordre dans la région des Deux-Montagnes. Le tout est corroboré par une déclaration réalisée sous serment devant le marchand William Henry Scott le 9 mars 1846. Mais voici l’intégrale de la réclamation de Célestin Guindon :

Janvier 1839

Célestin Guindon, cultivateur de Saint-Eustache en l’année ci-contre en […] sa demeure à Saint-Eustache fut désarmé par Julien Choquette et Adolphus Mackay, volontaires autorisés du gouvernement pour le dit armement, il leur livra son fusil, qu’il n’a jamais vu depuis, lequel il évalue à la somme de trois livres […].

Saint-Eustache ce 25 avril 1850.

Pour être soumis à messieurs les commissaires, pointés à cet effet.

Célestin Guindon décède le 24 mai 1859 à Saint-Eustache à l’âge de 53 ans. Il est inhumé deux jours plus tard dans le cimetière paroissial.

Références :

BAC, Feddocs, Lower Canada Rebellion looses claims 1837-1855, Project #19-2, RG 19, series E-5-B (R200-113-0-F), volume 5482, no 190; volume 5482, correspondance 1916, #51, p. 26; volume 3775, #2611 et 727 ; volume 3796, #2611, p. 684, volume 3797, #727, p. 971-972.

BAC, recensement de 1842, County of the Lake of Two-Mountains, St.Eustache Parish, bobine C-728.

BAnQ, « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, P224, M-165-2, no 674, déposition de Joseph Touchette, 30 décembre 1837.

BAnQ, « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, P224, M-165-2, no 675, déposition d’Eustache Proulx, 9 janvier 1838.

BAnQ, « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, P224, M-165-2, no 676, déposition de Marguerite Lapré, 9 janvier 1838.

BAnQ, « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, P224, M-165-2, no 678, déposition de Pierre Desjardins, 30 décembre 1837.

BAnQ, « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, P224, M-165-2, no 680, déposition de Joseph Duquette, 31 décembre 1837.

BAnQ, « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, P224, M-165-2, no 747, déposition de Thomas Lagarde dit Saint-Jean, 30 décembre 1837.

BAnQ, « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, P224, M-165-2, no 767, déposition de Gilbert Spénard, 4 décembre 1837.

BAnQ, « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, P224, M-165-2, no 773, déposition de Margaret Jamieson, 6 décembre 1837.

DUBOIS, Émile, Le feu de la Rivière du Chêne. Étude historique sur le mouvement insurrectionnel de 1837 au nord de Montréal, Saint-Jérôme, J.-H.-A. Labelle, 1937.

Le Canadien, 18 avril 1836.

PAQUIN, Jacques, « Tableau politique », La Revue des Deux-Montagnes, annoté par Claude-Henri Grignon, no 5, octobre 1996, p. 43-65.

Registre de la paroisse de Saint-Eustache, Registre 1802-1808, folio 117.

The Vindicator, 1er avril 1836, 15 avril 1836.

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