Les favoris de Chénier

Cette semaine, nous mettons à l’attention de nos lecteurs une petite anecdote concernant le célèbre chef patriote Jean-Olivier Chénier. Disons d’abord que le récit provient d’Alfred Dumouchel, jeune homme âgé de 15 ans en 1837, fils du marchand de Rigaud Ignace Dumouchel et de Félicité Girouard. Il est par le fait même le neveu du marchand Jean-Baptiste Dumouchel et du notaire Jean-Joseph Girouard, de Saint-Benoît.

Voici donc une histoire à faire sourciller. En date du 15 décembre 1837, Alfred Dumouchel écrit dans ses Notes […] sur la rébellion de 1837-38 à Saint-Benoît qu’après la fuite de ses oncles Dumouchel et Girouard ainsi que de ses cousins, le jeune Alfred se retrouve seul en la maison du notaire Girouard, avec un nommé Dumais. Ils accueillent l’arrivée de James Brown, ancien député de la circonscription, accompagné d’un officier militaire et de quelques volontaires loyalistes. Ils venaient à Saint-Benoît afin d’avertir les habitants du Grand-Brûlé de la défaite des insurgés de la Rivière-du-Chêne. C’est à ce moment que « l’officier exhiba des favoris qu’il avait coupés au docteur Chénier, faciles à reconnaître à cause de leur couleur rousse ». Aux dires du groupe, « Chénier s’était battu en brave ; il était dans le cimetière, il ne voulut jamais se rendre et tomba les armes à la main ». Tout de même assez particulier comme trophée, n’est-ce pas ?

Cette pratique de raser les chefs patriotes était-elle répandue ? Une autre question importante à se poser est la suivante : Jean-Olivier Chénier était-il devenu, peut-être bien malgré lui, une légende de son propre vivant ? Ce qui est certain à tout le moins, c’est que le docteur de Saint-Eustache s’était forgé une importante réputation durant sa courte vie.

Nous connaissons peu de choses de l’aspect physique du docteur eustachois. Le seul et unique témoignage visuel que nous avons aujourd’hui de lui est le portrait dessiné par le notaire André Jobin, de Sainte-Geneviève, retrouvé parmi les portraits de Jean-Joseph Girouard en 1838. Ce portrait de profil est désormais conservé aux Archives nationales du Canada à Ottawa. Celui-ci nous montre clairement l’existence même desdits favoris tel que mentionnés par Alfred Dumouchel.

Nous détenons aussi quelques descriptions par certains historiens au fil des années. Selon Laurent-Olivier David, Chénier est « peu grand, mais robuste, les épaules larges, la tête imposante, un peu renversée en arrière, les membres musculeux, une physionomie franche, ouverte, le regard fier et hardi, des traits pleins de virilité, des manières vives, la parole véhémente, un esprit prompt et logique, une âme enthousiaste, faite pour le sacrifice et le dévouement. Une figure de maréchal de France, une nature de soldat[1] ». Rien sur ses favoris par contre.

Référence :

« Notes d’Alfred Dumouchel sur la rébellion de 1837-38 à Saint-Benoît », Bulletin des recherches historiques, 1929, vol. 35, 1929, p. 31-51.


[1] DAVID, Laurent-Olivier, Les Patriotes de 1837-1838. Montréal, Eusèbe Senécal & Fils Imprimeurs-Éditeurs, 1884, p. 147.

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