Jean-Baptiste Boucher

Voici un autre de ces personnages au sujet desquels nous ne possédons malheureusement que très peu de documents servant à prouver l’implication politique en 1837-1838. En réalité, nous ne sommes pas tout à certain de sa réelle identité. Mais voici ce que nous avons.

Selon toute vraisemblance, Jean-Baptiste Boucher naît et est baptisé à Saint-Eustache, le 19 septembre 1823. Il était donc âgé d’à peine 14 ans lors des troubles, ce qui en fait sûrement l’un des plus jeunes à avoir été impliqués dans la rébellion de 1837, dans le comté des Deux-Montagnes. Il est le fils de Joseph, peut-être lui-même impliqué en 1837, et de Marie-Louise Jaudoin (Jodoin).

Le 5 octobre 1846, il épouse Françoise Leblanc à Saint-Eustache. Dans l’acte de mariage, il est spécifié qu’elle est « fille mineure de cette paroisse » et que les noms de ses parents sont « omis dans l’acte ». On pense que Jean-Baptiste Boucher s’établit en tant que cultivateur sur la côte du Lac, à Saint-Eustache.

Politiquement, Boucher ne semble pas participer aux assemblées patriotes qui se déroulent partout dans le comté entre 1834 et 1837. Dans un autre ordre, un certain Jean-Baptiste Boucher est considéré comme étant un patriote par Jean-Baptiste Paquin, son capitaine de milice, qui réalise un recensement de l’allégeance des miliciens de sa compagnie, en date du 11 septembre 1839. Il est toutefois presqu’impossible qu’il s’agisse ici de notre individu, puisque les miliciens du XIXe siècle étaient normalement âgés de 18 à 60 ans.

Sa réelle participation à la rébellion remonte à la fameuse expédition menée sur la mission du Lac-des-Deux-Montagnes (Oka) afin d’y perquisitionner armes et munitions. En ce sens, deux témoignages nous confirment qu’il a marché aux côtés de plusieurs dizaines hommes, sous les ordres du général Amury Girod et du docteur Jean-Olivier Chénier. Dans une déposition de Gilbert Spénard, menuisier de Saint-Eustache, datée du 4 décembre 1837, Boucher est accusé d’avoir participé au raid. Il était présent aux environs du magasin de la Baie d’Hudson tenu, par l’agent McTavish, alors que celui-ci est pillé. Le butin est toutefois maigre, 8 fusils, 2 livres de poudre et 1 200 livres de plomb, si l’on se fie à la plupart des témoignages. Une seconde déposition, celle d’Hyacinthe Larocque, le 5 décembre 1837, affirme aussi que Jean-Baptiste Boucher participe à cette quête d’armes afin de subvenir aux besoins du camp armé des insurgés de Saint-Eustache.

Enfin, il est peut-être signataire d’une « pétition des habitants de Saint-Eustache afin d’avoir l’argent nécessaire pour reconstruire l’église paroissiale », adressée au gouverneur Charles Theophilus Metcalfe et datée du 27 novembre 1844.

Le décès de Jean-Baptiste Boucher est particulier, du moins de ce que nous en savons aujourd’hui, si l’on se base sur le Registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse de Saint-Eustache. Boucher meurt donc en ce lieu en 1863, à l’âge approximatif de 39 ans. La date précise nous est inconnue, mais nous savons qu’il est inhumé à Saint-Eustache le 10 avril 1863. Les témoins à son enterrement sont François et Pierre Richer. On peut enfin lire cette note au bas du registre : « trouvé mort dans la monté allant au lac, sépulture dans le cimetière des enfants morts sans baptêmes ». Dans cette affirmation, il est vraisemblablement question de la côte du Lac où Boucher est retrouvé, tandis que le cimetière dont il est question réfère à celui situé entre l’église et le presbytère, où sont inhumés les patriotes.

Références :

Archives de l’évêché de Saint-Jérôme, Pétition des paroissiens de Saint-Eustache pour empêcher le départ du curé Hyppolite Moreau, 23 novembre 1852.

BAC, Feddocs, Lower Canada Rebellion looses claims 1837-1855, Project #19-2, RG 19, series E-5-B (R200-113-0-F), volume 5482, no 190.

BAC, recensement de 1831, County of the Lake of Two-Mountains, St.Eustache Parish, bobine C-723.

BAnQ, « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, M-165-2, no 767, déposition de Gilbert Spénard contre Amury Girod, William Henry Scott, Jean-Olivier Chénier, Amable Robillard, Ferréol Peltier, Hercule Dumouchel, Amable Berthelot et plusieurs autres, 4 décembre 1837.

BAnQ, « Documents relatifs aux événements de 1837-1838 », Fonds Ministère de la justice, M-165-2, no 796, déposition d’Hyacinthe Larocque, 5 décembre 1837.

PAQUIN, Jacques, « Tableau politique », La Revue des Deux-Montagnes, annoté par Claude-Henri Grignon, no 5, octobre 1996, p. 43-65.

Répertoire des Actes de baptêmes, mariages et sépultures (R.A.B.), P.R.D.H.

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