Des patriotes en patins

Cette semaine, notre chronique porte sur le récit farfelu et totalement inusité d’un certain Élie Papineau dit De Montigny, publié dans La Presse du 6 mai 1903. Ce personnage des plus énigmatiques était alors résident de Saint-Janvier et âgé de 87 ans en 1903 et, par conséquent, il était très jeune lors des troubles de 1837 dans le comté des Deux-Montagnes. Il serait, selon l’article, l’un des derniers survivants des événements insurrectionnels.

Papineau affirme dans cette entrevue avoir été nommé chef d’un parti d’éclaireurs en provenance de Saint-Janvier et de Sainte-Anne-des-Plaines. C’est de là que les insurgés auraient enfilé des patins afin de se rendre au camp armé de Saint-Eustache. Voici ce dont il est question :

Le jeune Pierre Guénette, de Sainte-Anne, faisait partie de l’organisation avec deux autres jeunes gens. Ces braves arrivaient en patin sur la glace, et ne manquaient jamais une assemblée des patriotes. Il fut décidé que les francs-tireurs et éclaireurs manœuvreraient sur patins autant que possible formant une espèce d’escadron volant pour ainsi dire. […]

Les Anglais se mirent à notre poursuite. Ils étaient légion; nous n’étions qu’une poignée, mal armés et mal organisés. Du cimetière, nous nous glissâmes sous une pluie de balles jusqu’à la maison de la taverne, qui était remplie de soldats anglais. Nous dûmes changer de route. Les francs-tireurs, qui étaient sur la place et qui attendaient que l’ennemi [mot illisible] dans cette direction, leur fournirent des patins. Ils eurent juste le temps de s’élancer sur la glace, car la cavalerie arrivait. Les balles étaient tellement denses et rapides que les [mot illisible] tombaient comme si elles eussent été touchées. Nous partâmes six heures de temps sans nous retourner, poursuivis par la cavalerie.

Il est fort étrange qu’un combattant tel qu’Élie Papineau refasse surface près de 70 ans après les événements qui l’ont mis en scène. Nos recherches n’ont pas permis de corroborer ces affirmations. Nous n’avons trouvé aucune autre déposition dans laquelle il serait question de fuite en patins. Le 14 décembre 1837, plusieurs insurgés, à la vue de l’approche des troupes régulières, quittent instantanément le village de Saint-Eustache, dont plusieurs en direction de l’île Jésus, sur la glace de la rivière des Mille-Îles. Nous poursuivons évidemment nos recherches afin d’y voir plus clair.

Nous en profitons finalement pour souhaiter à nos lecteurs un très heureux temps des Fêtes et une excellente nouvelle année ! Nous serons de retour le samedi 10 janvier 2009. Avec un peu de chance, notre recueil de chroniques 2008 sera disponible dans le courant de l’hiver.

Référence :

La Presse, 6 mai 1903.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *