1837 : l’année du Requiem de Berlioz

Dans notre quête infinie de nouveaux sujets en lien avec tout ce qui entoure les années 1837 et 1838, nous avons été à même de lire d’innombrables documents dans le but de nous inspirer. C’est un peu dans cet état d’esprit que nous en sommes venu à nous poser la question suivante : outre la musique traditionnelle canadienne que nous connaissons, quelle était la musique à l’époque des patriotes de 1837-1838 ?

Cette semaine, nous vous présentons Hector de Berlioz, un compositeur, écrivain et critique français né en 1803. Il est sans contredit l’une des figures marquantes du romantisme européen. Il se définissait lui-même comme un compositeur « classique ». Sa musique avait la réputation de ne pas respecter les lois de l’harmonie musicale. En réalité, par un examen minutieux de ses propres partitions, on découvre le travail d’un artiste qui respecte les fondements historiques de l’harmonie qui remonte au XVIe siècle. Parmi ses œuvres, on retrouve de nombreux écrits, des œuvres orchestrales et chorales (dont son Requiem) et des opéras. Fait intéressant : Berlioz est le premier compositeur à intégrer un saxophone à l’une de ses œuvres, étant un proche d’Adolphe Sax, l’inventeur du même instrument.

Mais pourquoi parler de ce compositeur dont l’œuvre fut pourtant mal aimée dans son propre pays et reconnue à l’étranger ? C’est qu’en 1837, lors de la première rébellion au Bas-Canada, Berlioz compose sa fameuse Grande Messe des morts ou Requiem. Cette œuvre chorale de 90 minutes est en fait tirée de la messe latine traditionnelle. Le Requiem est l’une des œuvres les plus connues du compositeur. On la qualifie d’« énorme orchestration de bois et de cuivre qui comprend quatre ensembles de cuivres antiphonaux placés dans les coins de la scène ».

C’est Adrien de Gasparin, Ministre de l’Intérieur français, qui lui commande cette œuvre musicale religieuse, en mémoire des soldats décédés lors de la révolution de juillet 1830. La première représentation, qui se déroule dans l’église des Invalides, à Paris, en 1837, a finalement lieu dans le cadre d’un service funèbre pour des soldats morts lors de la prise de Constantine (Algérie).

Berlioz avait l’habitude de diriger lui-même ses œuvres, mais on lui imposa François-Antoine Habeneck comme chef d’orchestre, avec lequel il était plutôt à couteaux tirés. Le début de la première représentation est donc dirigé par ce dernier. Toutefois, à « l’arrivée d’un moment critique du Tuba mirum, « Habeneck baisse son bâton, tire tranquillement sa tabatière et se met à prendre une prise de tabac ». Berlioz se rua sur le podium pour diriger sauvant ainsi le concert d’un désastre ». La première fut finalement un grand succès.

La composition de l’orchestre est particulière, lors de cette première : 400 chanteurs et musiciens sont présents sur scène. Cependant, Berlioz aurait écrit sur sa partition que « ce nombre est relatif et si possible, si la place le permet, il faut doubler ou tripler le nombre de voix et augmenter le nombre d’instruments dans les même proportions ». Son Requiem contient dix mouvements : l’Introitus et Kyrie, les séquences qui sont des pièces liturgiques de la liturgie catholique romaine (Dies irae, Quid sum miser, Rex tremendae, Quaerens me, Lacrimosa), les offertoires qui sont la partie de la messe précédée par la consécration et la communion (Domine Jesu Christe, Hostias), le Sanctus, et l’Agnus Dei et la Communion.

La Grande Messe des morts de Berlioz aura un certain succès en Europe. En 1838, il crée son opéra Benvenuto Cellini, puis l’année suivante, son Roméo et Juliette, une œuvre orchestrale qui aurait, dit-on, enthousiasmé Richard Wagner. Hector de Berlioz meurt à Paris en 1869.

Références :

BARRAUD, Henry, Hector Berlioz, Fayard, collection Indispensables de la musique, 1989.

BERLIOZ, Hector de, Mémoires Berlioz, Flammarion, 2000.

MASSIP, Catherine, et all. Berlioz, la voix du romantisme, Fayard, 2003.

RÉMY, Pierre-Jean, Berlioz, LGF, collection Le Livre de poche, 2005.

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